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Tome douzième.
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ROYAUMES VOISINS DE SIAM, Lrv. II. 279

ordure, pour la faire fécher& la réduire en poudre. Enſuite on la metdans de petites boëtes, qui ſe vendent dans les marchés,& dont on ſau-Poudre les viandes. Deux Marchands de Boutan, qui avoient vendu dumuſc à'Auteur, lui montrêrent chacun leur boëte,& quelques pincées decette poudre, pour laquelle ils avoient beaucoup de vénération.

LEs Peuples de Boùtan ſont robuſtes& de belle taille. IIs ont le viſage& le nez un peu plats. Les femmes ſont encore plus grandes& plus vi-goureuſes que les hommes; mais la plüpart ont des goitres fort incommo-des. La guerre eſt peu connue dans ce Pays. On n'y craint pas même leGrand Mogol; parceque du côté de ſes Etats, qui ſont au Midi, la Nature amis de hautes montagnes& des paſſages fort etroits, qui forment une bar-rière impénétrable. Au Nord, il n'y a que des bois, preſque toũjours cou-verts de nège. Des deux autres côtés, ce ſont de vaſtes déſerts, où Ponne trouve gueres que des eaux ameres. Si l'on y rencontre quelques ter-res habitées, elles appartiennent à des Rajas ſans armes& ſans forces. LeRoi de Boutan fait battre des piêces d'argent, de la valeur des roupies; cequi porte à croire que ſon Pays a quelques mines d'argent. Cependant lesMarchands, que Tavernier vit à Patna, ignoroient oùð ces mines étoientfituées. Leurs piéces de monnoye ſont extraordinaires dans leur forme.Au lieu d'étre rondes, elles ont huit angles;& les caracteres qu'elles por-tent ne ſont ni Indiens ni Chinois. L'or de Boutan y eſt apporté par lesMarchands du Pays qui reviennent du Levant.

LEuR principal Commerce eſt celui du muſc. Dans Peſpace de deuxmois qu'ils paſſerent à Patna, Tavernier en acheta d'eux pour vingt-ſixmille roupies. L'once, en veſſie, lui revenoit à quatre livres quatrè ſousde nôtre monnoye. II la payoit huit francs hors de veſſie. Tout le muſcqui entre dans la Perſe vient de Boutan,& les Marchands qui font ce Com-merce, aiment mieux qu'on leur donne de lambre jaune& du corail quede l'or ou de Pargent. Pendant les chaleurs, ils trouvent peu de profit àtranſporter le muſc, parce qu'il devient trop ſec& qu'il perd de ſon poids.Comme cette marchandiſe paye vingt-cinq pour cent à la Douane de Gor-rachepour, derniére Ville des Etats du Mogol, il arrive ſouvent que pouréviter de ſi grands fraix, les Caravanes prennent un chemin qui eſt encoreplus incommode, par les montagnes couvertes de nèege,& les grands déſertsqu'il faut traverſer. Elles vont juſqu'à la hauteur de ſoixante degrés; d'oùrournant vers Caboul, qui eſt au quarantiéme(†), elles ſe diviſent, une partiepour aller à Balk,& l'autre dans la grande Tartarie. Là, les Marchandsqui viennent de Boutan, trocquent leurs richeſſes contre des chevaux, desmulets& des chameaux; car il y a peu d'argent dans ces Contrées. Is yportent, avec le muſc, beaucoup d'excellente rhubarbe& de ſemencine(2).Ees Tartares font paſſer enſuite ces marchandiſes dans la Perſe; ce qui faitcroire aux Européens que la rhubarbe& la ſemencine viennent de la T.

tarle.

2.

& demi. Perſans,& quantité d'autres Peuples s'e

8oit auſſi être vent comme d'a

(F†) Caboul n'eſt qu'à 33, dEa hauteur de ſoixante degrés 3 pour mettre dans!fautive. R. d. E. gées. Cet uſage eſt même paſſé en.

(&) Ceſt une poudre à vers, dont on a terre& en Holiande„ Lag, 385.déja parlé dans l'article de la. Tartarie. Les 6

RovraunreDE BoUTAN.

Figure des

Habit

Leur mon-

Commerce

de Boutan.

lent muſc.

Diſtributiondes Mar-chands deBoutan.

Rhubarbe& ſemencinede Boutan.