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Tome douzième.
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RorkuMEDE BourAN.TAVvERNIER.

MarchandsArméniensqui aident àl'idolâtrie.

Commerced'ambre jau-ne,& de co-rail en grains.

Précautiondu Roi deBoutan con-tre l'altéra-tion du muſc.

280 VONXAGES DANSLES

tarie.„ Il eſt vrai, remarque'Auteur, qu'il en vient de la rhubarbe; mais„ elle eſt de beaucoup moins bonne que celle du Royaume de Boutan. Elle„ eſt plutot corrompue; X c'eſt le défaut de la rhubarbe, de ſe manger„ d'elle-même par le cqœur. Les 1 artares remportent, de Perſe, des é-toffes de ſoye de peu de valeur, qui ſe font à Tauris, à Ardevil,&c. avecquelques draps d'Angleterre& de Hollande, que les Arméniens vont pren-dre à Conſtantinople& à Smyrne, où nous les portons de'Europe. Quel-ques-uns des Mai chands, qui viennent de Boutan à Caboul, vont à Candabar,& juſqu'à Iſpaban, d'où ils remportent, pour leur muſec& leur rhubarbe,du corail en grains, de l'ambre jaune,& du lapis en grains. D'autres, quivont du côté de Multau, de Labor& d'Agra, remportent des toiles, de'indigo,& quantité de cornaline& de cryſtal. Enfin, ceux qui retournentpar Gorrachepour, remportent, de Patna& de Daca, du corail, de l'am-bre jaune, des braſſelets d'écaille de tortue,& d'autres coquilles de mer,avec quantité de pieces rondes& quarrées, de la grandeur de nos jettons,qui ſont auſſi d'écaille de tortue& de coquille. I. Auteur vit à Patna, qua-tre Arméniens, qui ayant déja fait un Voyage au Royaume de Boutan, ve-noient de Dantzick, oun ils avoient fait faire un grand nombre de figuresd'ambre jaune, qui repréſentoient toutes ſortes d'animaux& de monſtres.IIs alloient les porter au Roi de Boutan, pour augmenter le nombre de ſesdivinités. Ils dirent a Tavernier qu'ils ſe ſeroient enrichis, s'ils avoientpü faire compoſer une Idole particuliére que le Prince leur avoit recom-mandée: c'étoit une figure monſtrueuſe, qui devoit avoir ſix cornes, qua-tre oreilles,& quatre bras, avec ſix doigts à chaque main. Mais ils n'a-voient pas trouvé d'aſſez groſſe piece d'ambre jaune(5).

DANS Patna même, des morceaux d'ambre jaune qui ne ſont pas tra-vaillés, de la groſſeur d'une noix, bien nets,& de belle couleur, ſe payenttrente-cinq à quarante roupies la ſerre, qui revient à nôtre poids de neufonces;& ſi le morceau eſt d'une ſerre, il vaut deux cens cinquante,&trois cens roupies. Le corail brut, ou travaillé en grains, ſe vend avecaſſez de profit; mais la preférence eſt pour le brut, parce qu'on le fagon-ne à ſon gré. Ce ſont ordinairement des femmes& des filles, qui s'em-ployent à ce travail. Elles mettent auſſi en grains le cryſtal& l'agathe.Les hommes font des braſſelets d'écaille de tortue& de coquille de mer,& ces petits morceaux d'écaille ronds& quarrés que tous les Indiens ducôté du Nord portent aux cheveux& aux cgreilles. Les Marchands dePatna& de Daca employent plus de deux mille perſonnes à ces ouvrages,qu'ils tranſportent, où qu'ils font paſſer dans les Royaumes de Bouran,d'Aſem, de Siam,& dans d'autres Pays au Nord& au Levant des Etatsdu Mogol(i).

LE Roi de Boutan, commengant à craindre que les tromperies, qui ſe fontdans le muſc, ne ruinaſſent ce Commerce, d’'autant plus qu'on en tire auſſidu Tonquin& de la Cochinchine, ou il eſt beaucoup plus cher, parce qu'ily eſt moins commun, avoit ordonné, depuis quelque-tems, que toutes lesveſſies ne ſeroient pas couſues;& qu'elles ſeroient apportées ouvertes à

Boutan,

(5) Pag. 381.(i) Pag. 384.