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Tome douzième.
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RovxAUMED'AsEM.

TAVERNIER.

Ruſe duConquérant.

Il pille leTombeau desRois d'Aſem.

Richeſſe dece Tombeau.

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4 VOYAGES DANS LES

Royaume d'Aſem. Enſuite, pénétrant par terre dans un Pays fort abon-dant, ſes conquetes furent d'autant plus rapides qu'on ne s'y attendoitpoint à cette mvaſion. La Religion d'Aſem eſt l'Idolätrie. L'Armée deMirgimola, toute compoſée de Mahométans, n'épargna point les Pagodes.Elle détruiſit ou brüla tout ce qui ſe préſenta dans ſa marche, juſques versle trente-cinquieéme degré. Mirgimola fut alors informé que le Roi d'Aſemavoit mis en campagne, plus de forces qu'il ne ſe l'éétoit figuré,& qu'il a-voit pluſiéurs piêces d'artillerie, avec des feux d'artifice, qui reſſemblentbeaucoup à nos grenades,& qu'on lance au bout d'un bäton de la longueurd'une demie picque. Cet avis lui fit ſuſpendre ſon entrepriſe. Mais leprincipal motif de ſon retour fut la crainte du froid, qui commengoit à ſefaire ſentir,&'opinion établie dans ſon Armée, que pour conquérir toutje Pays, il falloit s'avancer juſqu'au quarantiéme degré. Les Indiens ſontſi ſenſibles au froid,& le jugent ſi terrible, qu'ils croyent hazarder leur vieau-delà du trente-cinquième degré. L Auteur rend témoignage que de tousles domeſtiques qui ſont venus avec lui des Indes en Perſe, il ne s'en eſt pastrouvé un qui ait voulu paſſer Caſbin,& qu'il n'a jamais eu le pouvoir deles faire avancer juſqu'à Tauris. Aufſi-tét qu'ils commengoient à découvrirles montagnes de la Medie, qui ſont todjours couvertes de néege, I falloitles congédier(d).

DANS P'impoſfſibilité de continuer ſa marche vers le Nord, Mirgimolaprit le parti de tourner au Sud-Oueſt, pour aller faire le Siege d'une Vil-le, nommée Azo, qu'il emporta dans peu de jours,& dans laquelle iltrouva de grandes richeſſfes. On a cru que dans le premier projet de ſaconquéête il n'avoit jamais eu d'autre objet que la priſe& le pillage de cet-te Ville. C'étoit le Tombeau des Rois d'Aſem,& de toute la Race Roya-le. Quoique ces Peuples ſoyent idolàtres, ils n'ont pas-uſage de brüͤlerles corps. IIs les enterrent, dans l'opinion qu'après ja mort on paſſe dans-un autre Monde, où ccux qui ont bien véan ſur la Perre ne manquent d'au-cun bien; mais que ceux qui ont mérité quelque reproche auront beaucoupà ſouffrir, ſur-tout de la faim& de la ſoif,& qulà tout hazard la prudenceoblige d'enterrer quelque choſe avec eux, dont ils puiſſent ſe ſervir au be-ſoin. Aufſi Mirgimola trouva-t'il d'immenſes richeſſes dans Azo. Depuispluſieurs ſiécles, chaque Roi d-Aſem avoit fait bätir, dans la grande Pago-de, une Chapelle pour lui ſervir de Mauſolée. Ces Monarques y envo-voient, pendant leur vie, quantité d'or& d'argent, de tapis& d'autresmeubles, qui devoient étre enfévelis avec eux. Lorſqu'on mettoit le corpsq'un Roi dans ſon eaveau, on y renfermoit auſſi ce qu'il avoit de plus pré-cieux, ſur-tout les Idoles d'or ou d'argent qu'il avoit adorées,& tout cequ'on croyoit néceſſaire à ſon repos dans l'autre Monde. Les femmes qu’ilsavoient le plus aimées,& les principaux Officiers qui les avoient ſervis, sem-poiſonnoient par quelque breuvage, pour etre enterrés avec eux. On por-toit cette cruelle fuperſtition, juſqu'à renfermer vifs, dans le même tom-beau, un éléphant, douze chameaux, ſix chevaux,& quantité de chiensde chaſſe, qu'on croyoit deſtinés à'honneur de les ſervir aprés leurmort(). L.E

(d) Lbid. pag. 39r.(°) Pag. 392.