BEAULIEU.1619.
Iſles des Ido-les.
Beaulieu ſerend à SierraLeona.
Nouvellequ'il regoit dumaſſacre de
luſieursrangçois.
294 VOYAGE DE BEAULILE VU
tirent de la Rade de Honfleur, le Mardi, 2 d'Octobre 1619(f). La vüedes Côtes d'Afrique, à laquelle ils arrivérent le I. de Novembre, entre laRivieére de Senegal& le Cap-Verd, ſervit à les conduire facilement vers laRade de Rufiſque. IIs rencontrérent, dans cette route, trois Bâtimens àPancre, qu'ils reconnurent avec joye pour des Frangois. C’'étoient desMarchands de Dieppe& de Saint Malo, dont le nom ne feroit pas un or-nement pour ce Recueil, ſi infortune du Malouin, qui n'étoit qu'une Bar-que, commandée par un Capitaine nommé la Motte, n'appartenoit à la Re-lation de Beaulieu, par l'intéret qu'il y prit. Le vent ne lui ayant pas per-mis de s'approcher de ces trois Vaiſſeaux, il jetta ancre à une portée decanon;& dans la néceſſité de ſe procurer quelques rafraichiſſemens, il envoyaſa Patache aux IHles des Idoles, avec de la raſfade, des couteaux& d'autresmarchandiſes convenables aux Inſulaires. Ces Ifles, dont les autres Voya-geurs ont pris peu de connoiſſance, ſont vers les neuf degrés& demi delatitude du Nord. Elles ſont couvertes de bois;& ſi l'on excepte le Capde Tagrin, elles peuvent paſſer pour les plus hautes terres qu’'il y ait de-puis le Cap-Verd juſqu'au Cap de Sierra Leona. Dans la grande Idole, quieſt le plus au Sud, on trouve de l'eau, pluſieurs ſortes de fruits& de la vo-laille. Mais il faut ſe défier des Habitans, qui ſont auſſi redoutables parleur perfidie que par leur nombre;& l'on manqueroit de prudence ſi l'ontraitoit avec eux ſans ötages. La petite Idole offre auſſi de Peau. Quel-ques autres petites Iles, qui bordent les deux grandes, ſont demeuréesjuſqu'aujourd hui ſans aucun nom;& celui même d'Idoles, qu'on a donnéaux grandes, ne leur vient que d'une Riviére de la terre ferme, dont ellesſont éloignées de trois ou quatre lieues. Leurs Habitans ſont Negres,grands Chaſſeurs, livrés à la meme Idolatrie que les Nêgres du Continent,& fort avides de la chair des éléphans, dont ils vont vendre le morfil dans laRiviere de Tagrin(g). Beauſieu, ſans attendre le retour de ſa Patache,s'avanga vers le Cap de Sarlione(b), ou il lui avoit promis de demeurer àPancre, dans la troiſiéme anſe. II y perdit un Trompette Anglois, qui ſenoya dans un ruiſſeau de la plus belle eau du monde, en voulant s'y ra-fralchir. Les maiſons des Négres lui parurent beaucoup mieux baâties qu'auCap-Verd; mais elles ſont environnées d'Idoles fort hideuſes,& de tétesd'oiſeaux& de ſinges, auxquelles les Habitans font leurs offrandes& leurspréſens. Les François trouvêrent, dans cette troiſieme anſe, beaucoupde commodités, telles que du bois à brüler, de l'eau excellente, quantitéde citrons, qui ne leur coutoient que la peine de les cueillir, des oranges,des bananes, du riz, qu'on leur donnoit en échange pour un poids égal deſel,& du poiſſon en abondance. Mais, il ne faut pas compter ſur la vo-
laille, qui y eſt tres-rare, ni ſur les beſtiaux& ſur la chaſſe(i).LàA Patache étant revenue, Beaulieu n'étoit arrêté que par la néceſſité defaire quelques réparations à ſon gouvernail; lorſque le 3 de PS au1 oir,
(f) Journal de Beaulieu, pag. I.(b) Corruption des Matelots, pour Sier-(g) Pag. 2. La violence des briſans ne ra Leona. Voyez le premier Tome de ce.leur permit pas de s'approcher du rivage op- Recueil.poſé à leurs Ifles.(i) Pag. 3.