AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 295
ſoir, un Nègre armé de ſon arc, d'une épée& d'un couteau,& conduitpar un autre Negre, qui lui ſervoit d'Interpréte, vint lui apprendre, de lapart du Roi de cette Contrée, que la Barque de Saint Malo ayant remontéſa Rivière, avoit été furpriſe par les Portugais, qui avoient un établiſſe-ment dans ce lieu,& que le Capitaine avoit été maſſacré avec tout ſon é-quipage. IIl douta d'abord ſi cet avis n'étoit pas un artifice des Negres,pour Vengager à faire partir, dans le premier mouvement de la vengeance,une partie des gens qu'il avoit à terre,& ſe procurer ainſi plus de facilitéà furprendre les autres. Cependant après avoir conſidéré que le CapitaineMalouin étoit foible d'équipage,& qu'’il s'étoit engagé effectivement dansla Riviêre pour aller couper du bois de teinture, il trouva tant de vraiſem-blance dans le récit du Nègre, ſur-tout avec la connoiſſance qu'il avoit du-caractère des Portugais d'Afrique, que l'honneur de la France lui parut in-téreſſé à ne pas laiſſer cette pérfidie ſans punition. Il demanda aux deuxNegres s'ils vouloient s'embarquer avec ſes gens, pour leur ſervir de guidejuſqu'à Saſena, où les Portugais étoient établis, à ſept ou huit lieues deJ'embouchure de la Riviére. Non-ſeulement ils acceptèrent cette propoſi-tion; mais d'autres Nêgres apprenant qu'il étoit queſtion d'aller tuer desPortugais, offrirent leur ſecours, ſans en éêtre ſollicités,& promirent d'al-ler où l'on voudroit les conduire. La Patache fut armée auſſi- têt, avecun renfort de dix hommes. On y joignit la grande Chaloupe du Vice-Ami-ral, qui fut équipée de vingt hommes& de quatre pierriers,& une autreBarque avec un équipage renforcé. Cette petite Flotte partit ſous le com-mandement de Montevrier. Elle employa cinq jours à chercher des paſſa-ges dans la Rivière& à ſurmonter d'autres obſtacles. Mais à la fin, elletrouva le canal ſi étroit& coupẽé par tant de roches, que la Barque mêmeayant touché pluſieurs fois, Montevrier ſe vit forcé de revenir, le 8, ſansavoir pü découvrir les Portugais. Beaulieu demeura content d'avoir dumoins perſuadé aux Negres, que les Frangois n'avoient pas manqué, parleur faute, au devoir d'une juſte vengeance. Le Capitaine du Vaiſſeau deDieppe étant venu le voir à bord, lui apprit qu'il avoit vü, dans I'Ifle deSaint Vincent, un Navire Hollandois d environ quatre cens tonneaux, quiĩalloit porter, à Bantam, la nouvelle d'un accord entre l'Angleterre laHollande, pour terminer les différends, que l'intérét du Commerce avoitexcités aux Indes entre ces deux Nations(½). Cette nouvelle cauſa peude joye au Général Beaulieu, qui avoit eſpéré de tirer divers avantages deleur méſintelligence. II reſſentit auffi quelque chagrin de la maladie d'unrand nombre de ſes gens, que cing ſemaines de repos n'avoient p tout-à-fait rétablir,& de la perte d'un Gentilhomme, qui mourut d'une fiévrechaude, apres avoir mangé quelque mauvais fruit. Enfin, n'ayant point em-porté beaucoup de ſatisfaction de l'Afrique, il déclare heureux celui quipeut éviter de relächer ſfur cette Cête(1).LE caractére d'Obſervateur exact& curieux, que Thevenot lui attribue,commence à parottre ici dans ſes remarques ſur les variations de P'aiguilleaiman-(†) Voyez au Tome X., la Relation de naux ſervent mutuellement à ſe confirmer.Van den Broeck, C'eſt ainfi que les Jour-(1) Pag. 4.
BEAULrv.
1619.
Meſuresqu'il prendpour les van-ger.
Elles réüf-ſiſſent mal.
Chagrinsqu'il emportede cette Baye.
1620Ses obſerva-tions ſur di-vers poiſſons,