DrFscRIPTION
324 vOYAGE DE BEAULIEUI
dans quelques-unes, le courſier eſt de quarante livres de balle. Les han-ches& les épaules ſont garnies de pluſieurs fauconneaux. On met, ſurles plus groſſes, ſept à huit cens hommes qui entendent parfaitement I'artde ramer.
LEs éléphans du Roi d'Achem ſont todqjours au nombre de neuf cens,dont on exerce la plüpart au bruit des mouſquetades& à la vüe du feu.Ils ſont ſi bien inſtruits, qu'en entrant dans le Chaâteau, ils font la ſombaie,ou le falut devant Pappartement du Roi, en pliant les genoux,& levanttrois fois la trompe. On rend tant d'honneur à ceux qui paſſent pour lesplus courageux& les mieux inſtruits, qu'on fait porter devant eux desquitaſols(d), diſtinction réſervée d'ailleurs pour la perſonne du Roi. LePeuple s'arréte, lorſqu'ils paſſent dans une rue,& quelqu'un marche devant eux avec un inſtrument de cuivre, dont le ſon avertit toute la Villedu reſpect qu'on leur doit(e).
LEs fraix de la Guerre ſont peu conſidérables„pour le Roi d'Achem.Tous ſes Sujets ſont obligés de marcher au premier ordre,& de porter desvivres pour trois mois. Il ne leur fournit que des armes. Si la campagnedure plus long-tems, il nourrit ſon Armée de riz. Au retour, les armesrentrent dans ſes magaſins, qui ſont remplis d'arquebuſes, mais courtes&mal montées,& de toutes ſortes d'armes ou d'inſtrumens militaires. Quel-ques Voyageurs lui donnent cing mille piéces de canons. Beaulieu en ac-corde deux mille, pourvü' que dans ce nombre on compte les fauconneaux,les eſpoirs, les pierriers,& ce qu'il nomme les autres pié&ces à boetes. Maisil n'eſt certain, dit-il, que de douze cens bonnes piêces, dont huit cens
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peuvent paſſer pour de groſſes pièces(†).LEs revenus de la Couronne d'Achem ſont peu connus des Etrangers.Cependant Beaulieu croit pouvoir conclure de ſes connoiſſances, qu'ils ſont
(d) Eſpèce de paraſol.
(e) Quoiqu'on ſe ſoit aſſez étendu ſur lespropriétés de ces animaux, dans les Rela-tions d'Afrique& dans celles de Siam, Beau-Hieu rapporte um exemple de leur intelligen-ce, ou de la perfection de leur inſtinct, quine doit pas êetre ſupprimé. Le Roi d'Achem,partant pour le Siège de Deli, voulut menercent éléphans, qu'il falloit embarquer dansles Galères; mais lorfqu'on les eut conduitsfur le rivage, il fut impoſſible de les y faireentrer. Le Roi, furieux d'apprendre que ſesordres n'euſſent pas été ſuivis, condamna auſupplice tous ceux qu'il avoit chargés de l'e-xecution. Hs s'Ecrierent qu'ils n'Etoient pascoupables,& que les éléphans avoient refu-ſEé d'obéir. Toute l'Armée en tiroit un mau-vais préſage: lorſque le Roi, prenant le par-ti de ſe rendre lui-même à la Mer, commen-ga par injurier beaucoup les cent animaux,avec de vifs reproches de leur nourriture,&de Phonneur qu'il leur faiſoit tous les jours.
fort
Enſuite, il fit prendre le plus diſtingué d'en-tr'eux, qu'il fit fendre par le milieu du ven-tre, A la vꝑe de tous les autres, en les me-naçant du même traitement, s'ils ne s'embar-quoient à l'heure même: ce qu'ils firent ſurle champ;& pendant tout le voyage, il n'yen eut pas un qui fit le rétif. Ebid. pag. 106.L'Auteur ajonte que ce Prince excelloit à
gouverner& à dompter les eéléphans. Il levit courir, à toute force, debout ſur un deces animaux; appuyé ſeulement ſur le cro-chet avec lequel on les conduit.„Quant à„ moi, ajoüte Beaulieu, étant affourchéè deſ-„ ſus, j'avois bien de la peine à m'y tenir.„ C'eſt une mauvaiſe monture, pour ceux„ qui n'y ſont pas accoutumés. L'avant des„ épaules eſt le plus doux: mais, plus arriè-„ re, j'aimerois mieux courir dix poſtes,„ que de faire quatre lieues ſur un éléphane„ fans chaire ou autre invention“. Ibidem.
(F) Ibid. pag. 105.,