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Tome douzième.
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AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 325

fort au-deſſus de'opinion commune. Premierement, il n'en coute preſquerien au Roi pour la Guerre; la poudre, le plomb, le fer& le riz, font unedépenſe fort légèere. Pendant la paix, il regoit beaucoup plus de fes Sujets,en riz, en chair, en poiſſon, en volaille, huile, ſucre, légumes, qu'il negv'en conſomme dans l'intérieur du Palais;& l'excédent eſt vendu à ſon pro-fit. Il ne donne que du riz à ceux qui le ſervent. Son propre Domaine,qu’ il fait cultiver par ſes Sujets, en rapporte une prodigieuſe quantité. IIln'en tire pas moins des contributions. Tout eſt dépoſé dans des magaſins,& gardé juſqu'à l'arriêre faiſon, qui en double ſouvent le prix. Alors, ilje vend à ſes Sujets; ou, ſi lannée eſt abondante, il'envoye dans les Paysétrangers, où fes Emiſffaires Pinforment que ce grain manque. Beaulieuparle de quarante Vaiſſeaux chargés, qu'il avoit envoyés à Pera,& qui luirapportèrent une três-grande ſomme. Ila, dans ſes päturages, un nom-bre infini de beſtiaux, qu'il fait garder par ſes Eſclaves. Ses éléphans nelui coutent rien à nourrir; au-lieu de riz, il leur abandonne les troncs desbananiers, qu'il fait couper indifféremment dans les terres de ſes Sujets,ſous prétexte qu'ils n'ont rien à regretter, parceque de la racine de cette eſ-péece d'arbre, il fort une nouvelle tige qui porte du fruit l'année ſuivante.Ses coqs mêmes ne lui coutent rien. IIl les donne à nourrir aux Orancaies,qui en prennent plus de ſoin que de leurs propres enfans. Ses habits& ceuxde ſes femmes lui viennent de ſes droits ſur les manufactures,& des préſensqu'il regoit de tous les Officiers du Royaume. Pour la conſtruction de ſesPalais& autres Edifices, il employe ſes Eſclaves; les uns à tirer la pierredes carriéres; d'autres à bätir; d'autres à diriger l'ouvrage;& la différencedu prix ne conſiſte que dans une portion de riz, double ou ſimple.

CzTrTE abondance de biens n'a rien de commun avec les revenus quientrent dans ſes coffres. II hérite de tous ſes Sujets, lorſqu'ils meurentſans enfans mäles. Ceux qui ont des filles peuvent les marier pendantleur vie; mais ſi le pere meurt avant leur établiſſement, elles appar-tiennent au Roi, qui ſe ſaiſit des plus belles,& qui les entretient dansTintérieur du Palais. De-là vient la multitude extraordinaire de ſes fem-mes(). b

IE tire un profit immenſe de la confiſcation des biens, qui eſt le châti-ment ordinaire des plus riches coupables. II s'attribue la ſucceſſion detous les Etrangers qui meurent dans ſes Etats. Ce n'toit pas ſans peineque les Européens s'toient fait excepter de cette loi. Quelques Marchandsde Surate& de Coromandel étant morts à Achem, pendant le ſéjour queBeaulieu fiüt dans cette Ville, non-ſeulement tous leurs effets furent ſaiſis aunom du Roi, mais on mit leurs Eſclaves à la torture, pour leur faire dé-clarer s'ils n'avoient pas détourné quclques diamans ou d'autres richeſ-ſes(b). Un ancien uſage le méet en droit de confiſquer tous les Naviresqui font naufrage ſur les terres de ſon obeiſfance;& dans la ſituation de ſesCôtes, ce malheur arrive ſouvent aux Etrangers. Hommes& marchandi-ſes, tout eſt enlevé par ſes ordres. Entre plulieurs naufrages, qui arrivé-rent pendant le ſéjour de Beauieu, un grand Bàtiment de Dabul vint ſe bri-

ſer(g) Pag. 108.(5) Pag. 109-.§s 3

DzschrFrIoN-DE LISLE DEBSUMATRA.