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Tome douzième.
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DrscRIPTIONDE LIsLE DESUMATRA.

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reſtoit à tuer s'écoula doucement hors duChaäteau, ſans pouvoir dire aſſurémentH'occaſion de leur déflance, juſqu'au len-demain, qu'ils reconnurent, par le retar-

„ dement des principaux, qu'il y avoit quel-

„ que menée qu'ils avoient évitée heureuſe-s ment. 1

„ Le Roi, ayant exterminé ſi facilement„ tous ceux qu'iil redoutoit,& qui lui pou-

„ voient ſuſciter quelque nouveauté, ne ſe

„ſoucia pas beaucoup du reſte. II ſfe forti-„ fia,& amaſſa dans le Chaäteau un bon„ nombre de perſonnes, auxquelles il fit dé-„„ livrer des armes;& fit publier par la Vil-„ le une déclaration de ce qui s'étoit paſſé,

„ avec les raiſons de ſa conduite; qu'au ſur-

„ plus, ſon intention étoit de maintenir„ Chacun en paix, exercer rigoureuſe jufti-„ ce ſur les méchans,& rêgner équitable-„ ment. Aprés cette déclaration, voyant„, que perſonne ne remuoit,& auſfſi que„ perſonne n'entroit dans le Chateau, pour„„ lui rendre les devoirs accoutumés, il en-

„„ voya démolir les maiſons& forts des OC-

„ rancaies exécutés, fit apporter le canon, les„ armes& les principaux meubles dans le„ Chateau; porta défenſe à qui que ce füt de„ batir de pierre, avoir canon en ſa maiſon,

„, ni faire aucun retranchement dedans ou à

„ l'entour. Il donna le modéèle comme il„ vouloit que l'on baätit, qui n'eſt qu'à un„, ſeul plancher,& les murs de nattes, com-„ me ils ſont auſourd'hui. II fit ceux qui

„ l'avoient afſiſté en ſon deſſein& ſes amis,

„ nouveaux Orancaies, auxquels il diſtri-„„ bua partie des héritages des défunts; l'au-„ tre partie, il ſe la réſerva;& ſe voyant„ bien obéi, il fit mourir ceux des anciens„ Orancaies qu'il redoutoit le plus, confiſ-„ qua leurs biens, fit exécuter ceux du Peu-„„ ple qui les affectionnoient, comme auſſi„ tous ceux qui avoient montré quelque„ reſſentiment de la mort des premiers:&„ dit-on que la premieère année de ſon rè-„ gne, il fit bien mourir vingt mille perſon-„, nes,& la ſeconde encore pluſieurs mil-„ liers,& les deſarma entiérement. Telle

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„ eſt l'origine de l'ordre à préſent établi

„, dans le Royaume d'Achem. Ce Roi régna„ longtems; car lorſque ceux de Saint Malo„ furent en ſon Pays, l'an 1601, il étoit„ encore vivant. Son règne fut tout de ſang;„, tellement qu'il réduiſit la Ville à-peu-pres„, en l'état qu'elle eſt aujourd'hui, qui n'eſt„ rien en comparaiſon de ce que pluſieurs„, perſonnes encore vivantes m'ont aſſuré„„ Pavoir vüe.

„ Il éleva le Roi, qui rêègne à préſent, le-

„ Guel étoit fils d'une ſienne fille qu'il affec-„ tionnoit fort, Avant ſa mort, qui arriva

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„ Roi d'Achem, lui communique ſon

VvOYAGE DE BEAULIEU

en 1603;, à l'ge de quatre-vingt-quinze

ans, il le recommanda aux deux Princes,

ſes propres enfans, entre leſquels il par-tagsoit, par ſon teſtament, les terres de ſonobéeiſſance; laiſfant, à l'ainé, le Royauméd'Achem& tout ce qu'il avoit le long de laCéte de Sumatra, au Couchant;& quali-fiant l'autre, Roi de Pedir, avec toutesles terres qui bordent ladite Côte, au Le-vant. Ces deux frèêres étoient d'un bonnaturel,& trop humains pour celui deleurs Sujets. Cependant, un an après lamort de leur pêre, ils ſe firent la guerrfe

pour le Prince leur Neveu, que le Rold'Achem avoit gardé prées de lui, l'entre,

tenant honorablement, mais qui ayant étchätié pour quelques jeuneſſes, fe ſauvachez fon Oncle le Roi de Pedir, dont ilfut bien regu. Le Roi d'Achem defiraqu'il lui fůt renvoyeé;& celui de Pedirs'en étant excuſé, ſur ce qu'il ne vouloitle forcer, en conſidération des dernièresvolontés de leur pêére, l'affaire vint à tépoint que le Roi d'Achem dénongça la

Guerre à ſon frèêre,& ſe la firent bien

aprement. Leur Neveu commandoit lesArmées de Pedir;& dans pluſieurs Pa-tailles, moururent plus de foixante millshommes en un an de part& d'autre; tantqu la fin ceux de Pedir s'ennuyerent&ne voulurent plus aller à la guerre; de-ſorte que leur Roi fut contraint de remet-tre entre les mains du Roi d Achem, leurNeveu, qui eut incontinent les fers aupieds avec bonne garde.—„ Quelque tems après, ſurvint PArméedes Portugais, partis de Goa pour s'emm-parer d'Achem; ce qu'ils euſſent fait fansdoute, s'ils euffent bien entendu leur fait-Mais ſe laiffant paitre de paroſes, ils enperdirent l'occaſion, avec pluſieurs desleurs: joint le Siêge des Hollandois devalMalaca. Ayant fait deſcente à l'entrée

la Riviere, ils emportèrent le premier Fo*de gazons; mais celui de pierre les arrétd-Le jeune Prince, alors aux fers, demanpermiſſion au Roi d'Achem ſon Onclée,qui étoit bien effrayé de la deſcente desChrétiens, de combattre contre les Caſires,(ainſi les Indiens nous appellent- ils).Pobtint,& ſe porta vaillamment contles Portugais; tellement qu'il acquit ungrande réputation en deux ou trois ren-contres. Sa mère, femme entreprenan

„& ambitieuſe, voyant en quelle eſtim

on avoit ſon fils, entreprend de le fairẽdeſſeil

& lui fournit de groſſes ſommes. II fêmE

de l'argent parmi les Orancaies, il ſe mon-

tre familier avec le Peuple,& trés⸗benia8 27