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Tome douzième.
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AUXITINDES ORIENTALES, L rv. II. 327

Orancaie qui ne s'étoit pas remué duranttous ces troubles,& n’'avolt pourchaſſéaucunement pour lui, ni pour les ſiens,&qui avoit vécu en réputation de très- ſage& trés-aviſe. Davantage, il etoit parvenuà l'age de ſeptante ans;& étant des plusnobles familles, la Nature lui concédolt laprééminence ſur les autres, qui étoientplus jeunes. Cet avis fut trouvé bon dechacun, conſidérant que pas un d'eux nedérogeoit à ce qu'il prétendoit d'ètre,vü qu'il ne cédoit qulà l'occaſion de l'dge.Ainſi, tous étant d'accord, ils le furénttrouver, lui déclarèrent l'élection quiils a-voient faite de ſa perſonne pour'aſſeoirau Trône royal, qu'ils l'avoient jugé mè-riter plus qu'aucun autre, tant par ſa pru-dence que par ſon àge. Le vieillard lesremercie, s'excuſe ſur ſan age, qui le diſ-penſoit d'entreprendre une telle charge;qu'il y avoit déja quelque tems qu’il s'étoitretiré des affaires du Monde, deſirantpaſſer ſans inquiétude le peu de tems qu’ilavoit à vivre. Les Orancaies, ne luiayant pü perſuader d'accepter leurs offres,retournent en leurs premiéres pratiques.Mais voyant qu'ils n'avangçoient rien, aucontraire que tout empiroit, ils ne trou-véèrent pour l'beure aucun autre moyenque le premier; ce qui les fit aller pourla ſeconde fois chez le vieillard, qu'ilsne purent jamais induire d'accepter leuroffre par des priéres. IIs les tournè-rent enfin en menaces, avec leſquelles ilsn'avancêèrent pas davantage; ce qui les fitſéparer. Cependant, s'etant raffemblés 8

ne trouvant aucun moyen d'appaiſerleurs diſcordes que par cette élection, ilsréſolurent de lui porter les enſeignes roya-les;&, s'il les refuſoit, de le mettre àmort, afin de ne plus ſonger à lui& dechercher un autre expédient. IIs furentdonc chez lui pour la troiſiéme fois, leCadi portant la Couronne,& les principaux Orancaies une épée nue. IIs ne lepriérent plus; mais ils lui dirent que n’a-yant trouvé autre expédient que ſon éſec

tion pour pacifier leurs différends, ils ve-noient pour la derniére fois lui faire offreie la Couronne, laquelle s'il accey„ illes obligeroit généralement,& en par

culier à lui rendre obéeiſſance& ſervic—que s'il les en refuſoit, ils étoient réſolusle faire mourir, à ce que Dieu leurti que que autre expeéquel Us puffent eviter les prochaines dé-ſolations. Le vieil Orancaie voyant qu'iln'y avoit plus moyen de reculer, leur ditque véritablement il eüt bien defiré d'a-chever le reſte de ſes jours en ſa maifon„

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parmi fa famille, ſans ſe mêler d'aucunesaffaires qui lui puſſent inquiéter le reposqu'il eſpgroit en ſa vieilleſſe; mais, puiſ-qu’ils ne trouvoient autre remêède, pourgviter une fächeuſe guerre, que de l'élirepour leur Roi, qu'il acceptoit leur offre,à condition qu'ils le tinſſent en qualité depêre,& lui les traiteroit comme ſes en-fans; que ſi d'avanture aucun d'eux luidonnoit aucune occaſion de mécontente-ment, il les chätieroit comme ſes propresenfans; aufſi qu'ils reguſſent le chätiment,comme venant de leur pêre. IIs le re-merciérent tous d'une voix, l'affurant quenon- ſeulement ils l'honoroient comme leurpêre, mais le reſpecteroient comme leurSouverain Seigneur,& lui en prétèrent leſerment. Puis, le portant à la grandeMoſquée, ils le couronnêèrent, au grandcontentement du Peuple, qui, non ſanscauſe, redoutoit les diviſions prochaines.De-Ià, il fut conduit au Chateau, duquelil prit poſſeſſion. Après s'y être inſtalléavec ſes amis& domeſtiques, il conviatous les Orancaies à un feſtin royal qu'ilvoulut donner un certain jour,& fit fairede fi grands préparatifs, que chacun enentroit en admiration; tellement qu'aujour preſix, les Orancates ne manquòrentde s'y rendre, en la meilleure conchequil leur fut poſſible. Dans le Chateau,on n’'entendoit que ſons d'inſtrumens, ré-jouiffances, chants d'allegreſſe. Tout yrioit. On voyoit paſſer de ſi grands ſer-vices de viandes, confitures, breuvages,& choſes ſemblables, que le Roi, jugeoit-on, employoit tout ce qu'il pouvoit pourrecevoir les Orancaies magnifiquement,&les remercier de l'avoir poſé en ſi grandedignitée. Eux étant en leurs places ordi-naires, qui eſt dans une cour proche dulogement royal, aſſis ſous le grund Bali,les chappes commencent à marcher, lamuſique renforce, on fait de ſi grandscris d'allegreſſe dedans, qu'il tardoit àceux qui étoient encore dehors que les

chappes ne cheminoient plus vite; lef-quelles emmenant chacune leur ran-caie, fous prétexte de faveur, comme ilsétoient dans les ſalle ſe trouvoientincontinent ſa& p 2s une autrecour, qui eft jer imens, oi' leRoi avoit faft creuſer une profonde foſſe,7

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e on les égorgeoit;fut menée ſi chaudement, qu'il y en eutonze cens d'égorges, avant qu aucun dedehors s'apperçüt qu'entre les chants dejoye on en entendoit par-ci par- la quel-ques- uns de bien triſtes. Le peu qui

le bord de

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DEgSCRIPTTONDE L. ISLE DESuMATRA.