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Tome douzième.
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Similau,grand Corſai-re.

Faria vangela mort deGaſpard deMello.

Butin deFaria.

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ria, vivement offenſé, n'attendit pas plus d'éclairciſſement pour leur fairetirer une volée de canons. IIs y réẽpondirent de cinq petites piéces, qui com-poſoient toute leur artillerie. Cette audace nous faiſant juger de leurs for-ces, Faria, qui voyoit la nuit fort proche, prit la réſolution d'attendre lelendemain, pour ne rien donner au hazard dans Pobſcurité. Les Indiens,ſans rien perdre de leur confiance, jettèrent l'ancre à'entrée de la Ri-viere.

VERS deux heures après minuit, nous vimes flotter ſur la Mer, quelquechoſe qu'il nous fut impoſſible de diſtinguer. Faria dormoit ſur le tillac. IIfut éveillé,& ſes yeux plus pergans que les nôtres, lui firent découvrirtrois Barques à rames qui s'avangoient vers nous. II ne douta pas que ce nefut Pennemi du jour précédent, qui faiſoit plus de fond ſur la perfidie queſur la valeur. II ordonna de prendre les armes& de préparer les pots à feu.Il recommanda de cacher les méches, pour faire croire que nous étions en-dormis. Les trois Barques s'approchérent à la portée de l'arquebuſe,&s'étant ſéparées, pour nous environner, deux s'attachèrent à nôtre poupe,& Pautre à la proue. Les Indiens monteèrent ſi légèrement à bord, quedans l'eſpace de quelques minutes, ils y étoient au nombre de quarante. A-lors Faria, ſortant de deſſous le demi pont avec une troupe d'élites, fonditſi furieuſement ſur eux(d), qu'il en tua d'abord un grand nombre. En-ſuite les pots à feu, qui furent jettés fort adroitement, acheveèrent de lesdéfaire,& forcèrent le reſte de ſe précipiter dans les flots. Nous fautaâ-mes dans les trois Barques, ou il reſtoit peu de monde. Elles furent priſesſans réſiſtance. Entre les priſonniers, qui tombèrent vivans entre nos mains,éStoient quelques Nègres, un Turc, deux Achemois,& le Capitaine de laJonque, nommé Similau, grand Corſaire& mortel ennemi des Portugais.Faria donna ordre que la plüpart fuſſent mis à la torture, pour en tirer des

connoiſſances qu'il croyoit importantes à nos entrepriſes. Un Negre qu'on

ſe diſpoſoit à tourmenter, demanda grace,& déclara qu'il étoit Chrétien.Il nous apprit volontairement qu'il ſe nommoit Sebaſtien; qu'il avoit étéCaptif de Dom Gaſpard de Mello, Capitaine Portugais, que Similau avoitmaſſacré depuis deux ans à Liampo, fans avoir épargné un ſeul Portugaisde l'Equipage; que ce Corſaire s'étoit flatté de nous faire ſubir le mêmeſort;& qu'ayant pris tous ſes hommes de guerre dans les trois Barques, ilm'avoit lalſfé dans ſa Jonque que trente Matelots Chinois. Faria, qui n'i-gnoroit pas le malheur de Mello, remercia le Ciel de l'avoir choiſi pour levanger. II fit ſauter ſur le champ la cervelle à Similau, avec un frontail decorde; ſupplice qui avoit été celui de Mello. Enſuite, s'étant mis avectrente Soldats dans les mêmes Barques où l'ennemi étoit venu, il ſe rendità bord de la Jonque, dont il n'eut pas de peine à ſe ſaiſir. Quelques potsà feu, qu'il fit jetter ſur le tillac, firent ſauter tous les Matelots dans laMer. Mais le beſoin qu'il avoit d'eux, pour la manœuvre de la Jonque,obligea d'en ſauver une partie. Dans''inventaire de cette priſe, qu'il fitfaire le matin, il ſe trouva trente-ſix mille taels d'argent du Japon, qui va-

lent

(d) Pag. 174& ſuiv. Remarquez que dans ſes combats, Faria invoquoit toũjours Jeſus-Chriſt ou Saint Jacques.