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Tome douzième.
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MERNDEZPINTC.

Naufragede Faria dansI'Ifle des Lar-rons.

Nombre deceux qui é-chapent à lamort.

Courage deFaria,& ſaharangue.

VOXAGES DE MENDEZ PINTO

ſi dangereux par le nombre de ſes Habitans. Toutes ces Côtes étoientremplies de Bourgs& de Villages; quelques-uns revêtus d'un mur de bri-que. Le Pays eſt extrémement fertile;& divers Marchands nous aſſurè-rent qu'il 9'y trouve des mines de cuivre, d'argent, d'étain, de ſalpetre&de ſouffre(5).

Novs tenions la Mer depuis ſi long-tems, que les Soldats, ennuyés du-travail, priérent Faria de faire un partage exact du butin, comme il sy e-toit engagé à Patane; chacun dans je deſſein de quitter le métier des armes,& G'aller jouir tranquillement de ſa fortune. Cette propoſicion fit naĩtre defächeux différends. Cependant on convint de choifir Siam, pour y paſ-ſer rhiver,& pour y vendre les marchandiſes qui reſtoient à partager. A-pres avoir juré cet accord, on alla mouiller dans une Ifle nommée'le desLarrons, aſſez éloignée de J'anſe qu'on abandonnoit;& pendant douzejours, on y attendit le vent qui devoit nous conduire au repos. I! ſe leva,auſſi favorâble que nous l'avions deſiré: mais la nouvelle Lune d'Octobre lefit changer, pour nôtre malheur, dans une ſi furieuſe tempeète, que nousfuͤmes repoufſfés, avec une violence incroyable, contre I'Iſle que nous a-vions quittée. Nous manquions de cables;& ceux que nous avions enco-re étoient à demi pourris. Aufſi-têt que la Mer avoit commencé às'enfler,& que le vent de Sud nous eut pris à découvert, en traverſant la Côte, F'i-dée du péril qui nous menaçgoit, nous avoit fait couper les mãts& jetterdans les Hots quantité de marchandiſes. Mais la nuit devint ſi obſcure, letems ſi froid,& v'orage ſi violent, que n'eſperant plus rien de nos propresefforts, nous fümes réduits à tout attendre de la miféricorde du Ciel. El-le n'Stoit pas düe ſans doute à nos péchés(t). Vers deux heures aprésminuit, un épouvantable tourbillon jetta nos quatre Vaiſſeaux contre la Cõ-te,& les briſa ſans y laiſſer une planche entiere.

IL y périt cent quatre- vingt-ſix hommes(v). A la pointe du- jour,nous nous trouvâmes fur le rivage, au nombre de cinquante-trois, entre leſ-quels nöus mwétions que vingt-trois Portugais; moins étonnés de nõôtre nau-frage, que de nous voir à terre, ſans ſavoir à quel hazard nous avions!'o-bligation de ntre ſalut. Heureuſement Faria fut un de ceux à qui le Cielavoit conſervé la vie. Nous vimes, avec autant d'effroi que de pitié, lescadavres de nos Compagnons& de nos Amis, dont le bord de la Mer étoitcouvert. Faria, déguiſant ſa douleur, nous exhorta, par une courte ha-rangue, à ne pas perdre leſpérance. Quoique V'Ifle fuͤt déferte, il nouspromit que les bois& le rivage nous fõurniroient de quoi nous défendrecontre la faim;& loin de renoncer à la fortune, il nous repréeſenta que lamifère même devant être un aiguillon pour le courage, nous ne pouvionstrop attendre de lavenir, en proportionnant cette attente à nôtre ſitua-

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tion(x).

(4) Pag. 233. 2*

(t) Pag. 235.

(v) L Original porte eing cens quatre-vingt-fix hommes; mais c'eſt peut- être une fau-te: Cependant Pinto ajoũte, que ceux qui ê-toient reſtés en vie, au nombre de cinquan-te-trois, employèrent deux jours& demi à

Nous

enterrer les morts. De maniòère ou d'autre,Pexagération paroit bien grande. R. d. E.

(x) Leur perte montoit à cinq cens milleécus. La harangue de Faria eſt un plaiſantmélange de Religion& d'idees profat es. L. aFoi, 1'Eſperance,& la Charité Chrétienne,y font un grand rolle.