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Tome douzième.
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MENDEZPINTo.Faria s'em-

pare adroite-ment d'un

Vaiſſeau.

A qui ceBaͤtiment ap.partenoit.

Eſpérance& route deFaria.

364 VOYAGES DE MENDEZ PINTO

ſans défiance,& nous les reconn0mes pour des Chinois. Leur Batimentétoit une belle Lantée à rames, qu'ils amarrèrent avec deux cables de pou-be& de proue, pour deſcendre plus facilement par une planche. Environtrente perſonnes, qui ſautérent aufſi-tôt ſur le ſable, s'employèrent à faireleur proviſion d'eau& de bois. Quelques-uns s'occupéèrent aufſi à prépa-rer les alimens, à lutter,& à d'autres exercices. Faria, les voyant fanscrainte& ſans ordre, jugea qu'il n'étoit reſté perſonne, dans le Vaiſfeau,qui fͤt capable de nous réſiſter. Il nous donna ſes ordres, aprêès nous a-voir expliqué ſon deſſein(a);&, ſur le ſigne dont il nous avoit avertis,nous, primes nôtre courſe enfemble vers la Lantée, où nous entràmes ſansaucune oppoſition. Les deux cables furent auſſi-têt lachés;& tandisque les Chinois accouroient au rivage, dans la ſurpriſe de cet événement,nous eümes le tems de nous éloigner à la portée de l'arbaléte. Quoiqu'’ilnous reſtàt peu de crainte à cette diſtance, nous tiràmes ſur eux un fau-conneau qui ſe trouvoit dans la Lantée. IIs prirent tous la fuite vers lesbois, pour y déplorer ſans doute leur infortune, comme nous y avions paſ-ſé quinze jours à pleurer la nôtre.

IEs m'avoient laiſſés à bord qu'un vieillard, avec un enfant de douze outreize ans. Noötre premier ſoin fut de viſiter les proviſions, qui étoienten abondance. Après avoir ſatisfait nõtre faim, nous fimes l'inventaire desmarchandiſes; elles conſiſtoient en ſoye torſe, en damas, en ſatins& enmuſc, dont la valeur montoit à quatre mille écus. Mais le riz, le ſucre,les jambons& les poules nous parurent la plus précieuſe partie du butin

— 6 e⸗ w nn;pour le rétabliſſement de nos malades, qui étoient en fort grand nombre.Nous apprimes de l'enfant, que le Bàtiment& ſa charge appartenoit à ſonpère, qui venoit d'acheter ces marchandiſes à Quoanam, pour les aller ven-dre à Combay;& qu'ayant eu beſoin d'eau, ſon malheur l'avoit amené pouren faire dans l'Ifle des Larrons. Faria s'efforga, par ſes careſſes, de con-ſoler le jeune Chinois, en lui promettant de le traiter comme ſon proprefils. Mais il n'en püt tirer que des larmes,& des marques de mépris pour. 8 2ſes offres(b).

DäANs un conſeil auquel tout le monde fut appellé, nous primes la ré-ſolution de nous rendre à Liampo. Ce Port de la Chine étoit éloigné dedeux cens ſoixante lieues vers le Nord; mais nous eſpérions, en ſuivant la

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(a) Donnons une idée de la bizarre pié-„où vous êtes, avec ſon ſaint nom àté des Portugais, par l'exhortation que Pin-„ la bouche& au cœur, nous nous jettionsto met dans la bouche de Faria.„ Meſſieurs„enſemble dans l'inſtrument de nôtre déli.„ mes frères, nous dit-il, vous voyez le triſ-„ vrance,& que nous ſoyions dedans avant„ te état ou nôtre malbeur nous a jettés. JFe„ que de pouvoir être entendus. Et„ je„ confeſſe que mes péchés en ſont la cauſe.„ vous prie, que perfonne ne penle qu a ſe„ Mais la miſéricorde de Dieu eſt infinie.„ faiſir d'abord des armes que nous y trou-„Fy mets toute ma confiance. Elle ne per-„ verons, pour nous mettre em. état de nous„mettra pas que nous périſſions miférable-„ bien défendre,& demeurer poſſeſſeurs du„ ment. Quoiqu'il ſoit inutile de vous re-„ ſeul moyen de ſalut qui nous reſte aprés„ préſenter combien il nous importe de pren.„ Dieu. je dirai trois fois, JFeſus. Faites„ dre ce Vaiſſeau, que ntre Dieu nous ameé-„ auſſi-tõt ce que vous me verrez faite.„ ne, par un miracle ſenſible, je ne laiſſe Pag. 241.

„ pas de vous le dire, afin que dans l'état(b) Pag. 245-

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