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Tome douzième.
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MenpEzPINTo.Premières

nouvelles

qu'’ils appren-nent de Coja

Acem.

Effet qu'el-le produit ſurFaria.

366 VOYAGES DE MENDEZ PINTO

Aussr-rôr, les deux Chefs prirent la réſolution d'entrer dans la Ri-vière d'Anay, dont ils n'étoient éloignés que de cinq lieues, pour s'y pour-voir de vivres& de munitions. Panjan s'étoit ménagé, par un tribut, laprotection du Gouverneur. De-là, leur projet n'étoit pas moins de ſeren-dre à Liampo; mais Faria ſe procura au Port de Cbincheo, prèês d'Anay, unepartie des avantages qu’il s'etoit propoſés dans cette route, en s'attachantpar ſes promeſſes trente-cinq Soldats de l'équipage de cinq Navires Portu-gais, qui prirent confiance à ſa fortune. IIs remirent à la voile, malgré levent contraire, qu’'ils eurent à combattre pendant cinq jours. Le fixièmeau ſoir, ils rencontrérent une Barque de Pêcheurs, dans laquelle ils furentextrémement ſurpris de trouver huit Portugais, tous fort bleſſés,& dansle plus triſte état. Faria les fit paſſer ſur ſon bord, où ſe jettant à ſespieds, ils lui racontèrent qu'ils étoient partis de Liampo, depuis dix- ſeptjours, pour ſe rendre à Malaca; que s'étant avancés juſqu'à'Iſle de Sum-bor, ils avoient eu le malheur d'êétre attaqués par un Corſaire Guzarate,nommé Coja-Acem, qui avoit, ſur trois Jonques& quatre Lantées, envi-ron quinze cens hommes,& parmi eux cent cinquante Mahométans com-me lui; qu'après un combat de trois heures, dans lequel ils lui avoient bru-lé une de ſes Jonques, ils avoient enfin perdu leur Vaiſſeau,& la valeurde cent mille taels en marchandiſes, avec dix-huit Portugais de leurs pa-rens ou de leurs amis, dont la captivité leur faiſoit compter pour rienle reſte de leur infortune,& la perte même de quatre-vingt-deux hom-mes qui compoſoient leur eéquipage; que par un miracle qu Ciel, ils s'-toient ſauvés au nombre de quinze, dans la même Barque où nous les avionsrencontrés;& que de ce nombre, deux étoient déja morts de leurs bleſfures.

APRhs avoir écouté ce récit avec admiration, Faria, plein de ſes idées,leur demanda ſi le Corſaire avoit été fort mal-traité dans le combat; parce-qu'il lui ſembloit qu'ayant perdu une de ſes Ionques,& celle des Portugaisdevant être dans un grand déſordre, il étoit impofſible que ſes forces nefuſſent pas beaucoup diminuées. IIs l'aſſurérent que la victoire avoit coũ-té cher à leur ennemi; que dans P'incendie de ſa Jonque, la plüpart desSoldats qui montoient ce Bàtiment, avoient trouvé la mort dans les flots(d),& qu'il n'étoit entré dans une Riviere voiſine que pour y réparer ſes per-tes. Alors Faria ſe mit à genoux, tête nue& les mains levées vers le Ciel,qu'il regardoit fixement, il le remercia, les larmes aux yeux, d'avoir ame-né ſon ennemi entre ſes mains;& ſa priere fut ſi vive& ſi touchante, quele même tranſport ſe communiquant à ceux qui l'entendirent, ils ſe mirentà crier, aux armes, aux armer, comme ſi le Corſaire et été préſent(«).Dans cette noble ardeur, ils mirent aufſi-tòôt la voile au vent de poupe,

pour

(d) Pinto après avoir dit que les Soldatsde cette Jonque v'etoient jetter dans la Mer,on ils ſe noyerent, ajoũte, quelques lignes plusbas, qu'ils furent enfin tous ſauves. R. d. E.

(e) N'oublions pas ſa priére:„Seigneur„ Jeſus-Chriſt, mon Dieu, qui ès la vérita-„ ble eſpérance de ceux qui mettent leur„ Confiance en toi, moi qui ſuis le plus grand

„de tous les pécheurs, je te prie humble-„ ment, au nom de tes ſerviteurs qui ſont„ ici préſens, les ames deſquels tu as rache-„ tées de ton précieux ſang, que tu nous„ donnes force& victoire contre ce cruel„ ennemi, meurtrier d'un ſi grand nombre„ de Portugais. Ceſt avec ta faveur& ton

„ alde,& pour l'honneur de ton ſaint Nom,

„ que