AUXINDES OCRIENTALES, LIv. II. 3627
pour retourner dans un Port, nommé Lailou, qu'ils avoient laiſſé huitlieues en arriére,& s'y équiper, ſans ménager les fraix, de tout ce quileur étoit néceſfaire npour un mortel combat. Un préſent de mille ducatsleur fit obtenir du Gouverneur, non- ſeulement la liberté d'acheter toutesſortes de munitions, mais celle même de ſe procurer deux grandes Jonquesqui furent échangées contre celles de Faria,& d'engager cent foixantehommes pour le gouvernement des voiles. Tous les volontaires, à qui Peſ-pérance du butin fit offrir leurs ſervices, furent regs& payés libéralement.Quiay Panjan n'épargna point ſes tréſors. Ainſi, dans la revũe générale,qui ſe fit avant que de lever rancre, nous nous trouvàmes au nombre decinq cens hommes, Soldats, ou Matelots, entre leſquels on compta qua-tre-vingt:quinze Portugais.
TREIZE jours nous avoient ſuffi pour ce redoutable armement. Nouspartimes dans le meilleur ordre. Trois jours après, nous arrivàmes auxPecheries, où le Corfaire avoit enlevé la Jonque de nôtre Nation. Quel-ques eſpions, qu'on envoya ſur la Rivieére, nous rapportêrent qu'il étoit àdeux lieues de-la, dans une autre Riviére nommée Linlau,& qu’il y fai-ſoit réparer la Jonque Portugaiſe. Faria fit vetir à la Chinoiſe un de ſesplus braves& de ſes plus ſages Soldats, avec ordre de s'avancer dans uneBarque de Pecheurs, pour obſerver la contenance& la ſituation des enne-mis. On apprit bien-tôt qu'ils étoient ſans défiance,& dans un deſordrequi nous feroit trouver peu de peine à les aborder. Nos deux Chefs réſo-lurent d'aller mouiller le ſoir à l'embouchure de la Rivière,& de commen-cer Pattaque à la pointe du jour.
LàA Mer fut ſi calme& le vent ſi favorable, que Faria crut devoir pro-fiter de Pobſcurité pour s'avancer preſqu'à la hauteur du Corſaire. Cettemancuyvre eut le ſuccès qu'il s'en étoit promis;& dans l'eſpace d'une heu-re, nous arrivàmes à la portée de arquebuſe, ſans avoir été découverts.Mais les premiers rayons du jour ne tardèrent point à nous trahir. Plu-ſieurs ſentinelles, qui étoient diſperſées ſur les bords de la Rivière, ſonnè.rent P'allarme avec des cloches;& quoique la lumiêère ne permit point en-core de diſtinguer les objets, il s'éleva un ſi furieux bruit, parmi les Cor-ſaires qui étoient au rivage& ceux qu'ils avoient laiſſés à la garde de leurFlotte, qu'il nous devint preſqu'impoſſible de nous entendre. Faria ſaiſitce moment pour les ſaluer de toute nòtre artillerie, qui augmenta le tumul-te. Enſuite le jour étant devenu plus clair, pendant qu'on rechargeoit lespiéces& que les Corſaires nous obſervoient fur leurs ponts, il fit faire uneſeconde décharge, qui en fit tomber un grand nombre. Cent ſoixanteMouſquétaires, qu'il tenoit prêts à tirer, ne firent pas feu moins heureuſe-ment ſur ceux qui s'étoient mis dans des Barques pour retourner à leurs Jon-ques. Ce prélude parut leur cauſer tant d'epouvante, qu'on n'en vit plusparottre un fur les tillacs.
ALoRks nos deux Jonques les abordérent avec la même vigueur. Lamelée fut effroyable,& ſe ſoũtint pendant plus d'un quart d'heure, juſ-
qu'au„ que j'ai réſolu de le chercher, comme j'ai„ ce qu'il doit à tes ſoldats& fidèles ſervi-„ fait juſqu à préeſent, pour lui faire payer„ teurs*, Pag. 259.
MENDEZLPINToO.
Ses prépa-ratifs pour lecombat.
Il attaqueCoja-Acem.
Combatſanglant.