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Tome douzième.
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AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 369

ehnemis commengant à perdre courage, ſe retirèrent en deſordre vers laproue, dans l'intention de s'y fortifier. Mais Quiay-Panjan, qui venoitde ruiner les Lantées, ſe préſenta devant eux pour leur couper cette re-traite. Ainſi, preſſés des deux côtés avec la même furie, il ne leur reſtaplus d'autre reſſource que de ſe jetter dans les flots. Les nòôtres, encoura-gés par la victoire,& par le nom de Jeſus- Chriſt„ qui retentiſſoit ſur toutesles Jonques, achevéèrent de les exterminer, à meſure qu’'ils ſe précipitoientles uns fur les autres. La perte des ennemis fut de trois cens quatre- vingthommes. Il en périt cent cinquante par le fer ou par le feu. La plüpartdes autres ſe noyèrent dans leur fuite, ou furent aſſommés à coups d'avi-rons. On ne fit que cinq priſonniers, qui furent jettés au fond de calle,piés& poings liés, dans le deſſein d'en tirer diverſes lumieres par la for-ce des tourmens. Mais ils ſe rendirent entr'eux le ſervice de s'égorger àbelles dents. Le nombre de nos morts ne monta qu'à quarante-deux, donthuit étoient de nêtre Nation;& celui de nos bleſſés à quatre-vingt- dou-ze, la plüpart Portugais(5).

APRks avoir employé une partie du jour à rendre à nos morts les hon-neurs de la ſépulture, Faria fit le tour de PIfle, pour y chercher ce quipouvoit avoir appartenu au Corfaire. IIl découvrit, dans une vallée fortagréable, un Village d'environ quarante maiſons;& plus loin, ſur le bordd'un ruiſſeau, une Pagode où Coja-Acem avoit mis ſes malades& ſes bleſ-ſés pour les y faire panſer. A la vüe de Faria, qu'ils appergurent de loin,ils s'écrierent qu'ils Iui demandoient pardon,& imploroient ſa miſéricor-de. Mais, fermant P'oreille à leurs priéres, il répondit qu'il ne pouvoitfaire grace à ceux qui avoient maſſacré tant de Chrétiens. Ces miſérablesétoient au nombre de quatre-vingt-ſeize. Nous mimes le feu à ſix ou ſeptendroits de la Pagode, qui n'étant compoſée que de bois ſec& couvertede feuilles de palmier, fut bien-têt réduite en cendre. Les Corſaires, at-taqués par la flamme& la fumée, jettêrent des cris pitoyables,& quel-ques-uns ſe précipitérent du haut des fenétres. Mais ils furent regus ſurles pointes de nos picques& de nos dards,& nous eũmes la ſatisfaction deraſſaſier nOtre vengeance(i).

LàA Jonque que le Corſaire avoit enlevée depuis peu de jours aux Portu-gais de Liampo, leur fut reſtituée, avec toutes leurs marchandiſes(&): cequi mempécha point que le reſte du butin ne montaàt à plus de cent trente

mil-

(b) Pag. 270& précédentes.

tant vivans que morts, à qui vòtre Jon-(i) Pag. 271. L Auteur obſerve que le

„ que a couté tant de ſang, je vous fais un

corps de Coja-Acem fut coupé en quartiers,pour être jetté dans la Mer: au lieu d'orai-ſon, dit-il, il fut dévoué aux enfers. Pag.273

() Le mêlange de piété, de vengeance,& d'avidité pour le pillage, que l'Auteur metdans ſes récits, a toüjours quelque choſe deréjouiſfant. II fait ici parler Faria:„ Mes„ amis, dit-il aux Portugais de Liampo;„ pour l'amour de nos frêres& compagnons,

XII. Part.

„ don de tout celà, comme Chrétien que je„ ſuis, afin que notre Seigneur nous réegoi-„ ve en ſon ſaint Royaume,& qu'il lui plai-„ ſe nous accorder, en cette vie, l'aboli-„ tion de tous nos péchés& la vie éternelle‚en l'autre, comme j'ai confiance qu'il l'a„déja donnée à ceux qui font morts aujour-„ d'hui en bons& fidèles Chrétiens, pour„ la fainte foi Catholique““., Pag. 271.

AaAàà

MENDEZPINTo.

Perte desEnnemis.

Celle desPortugais.

Rigoureuſejuſtice de Fa-ria.