AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. z21
lettre étoit civile. II y joignit un préſent de la valeur de deux cens ducats,qui lui parut une honnéte rangon;& chargeant de ſes ordres deux des Pri-fonniers, il retint à bord les neuf autres.
LàA réponſe qu'il regut le lendemain ſur le dos de ſa lettre, étoit courte& fiére:„ Que ta bouche vienne ſe préſenter à mes pieds. Apres t'avoir„entendu, je te ferai juſtice“. Il comprit que le ſuccès de ſon entrepri-ſe étoit fort incertain;& rejettant toute idée de violence avant que d'avoirtenté les voyes de la douceur& les motifs de P'intérêét, il offrit, par uneautre députation, juſqu'à la ſomme de deux mille taels. Dans ſa ſecondelettre, il prenoit la qualité de Marchand étranger, Portugais de Nation,qui alloit exercer le Commerce à Liampo,& qui étoit réſolu de payer fidé-lement les droits. II ajoũtoit:„ que le Roi de Portugal ſon Mattre, é-„ tant lié dune amitis de frere, avec le Roi de la Chine, il eſpéroit la mê-„ me faveur& la méême juſtice que les Chinois recevoient conſtamment„ dans les Villes Portugaiſes des Indes“. Cette comparaiſon des deuxRois parut ſi choquante au Mandarin, que ſans aucun égard pour le droitdes gens, il fit cruellement fouetter ceux qui lui avoient apporté la lettre;& aprés leur avoir fait encore couper les oreilles, il les renvoya, avec ſaréponſe, écrite ſur un chiffon de papier tout dechiré. Les termes de cet-te réponſe n'ayant pas été moins inſultans(0), Faria, pouſſé par la colè-re autant que par ſes promeſſes, réſolut enfin d'attaquer la Ville. II fit larevQe de ſes Soldats, qui montoient encore au nombre de trois cens; lelendemain, s'étant avancé dans la Riviere juſqu'à la vüe des murs, il yjetta l'ancre, après avoir arboré le pavillon marchand, à la manièere desChinois, pour s'épargner de nouvelles explications. Cependant le doutedu ſuccés lui fit écrire une troiſième lettre au Mandarin, dans laquelle fei-gnant de n'avoir aucun ſujet de plainte, il renouvelloit l'offre d'une groſſefomme& d'une amitié perpétuelle. Mais le malheureux Chinois, qu'ilavoit employé pour cette deputation, fut mis en piéces& montré du haut
e la muraille à toute la Flotte. Alors nous deſcendimes au rivage;&marchant vers la Ville, ſans éêtre effrayés d'une foule de Peuple, qui fai-ſoit voltiger pluſieurs étendarts ſur les murs,& qui paroiſſoit nous braverpar ſes cris, nous n'étions qu'à deux cens pas des portes, lorſque nous envimeés ſortir mille ou douze cens hommes, dont une centaine étoient à che-val, qui entreprirent d'eſcarmoucher autour de nous, dans l'eſpérance ap-
Pa-
(°*) Cette réponſe orientale ne doit pas„ été touchée par l'horrible blaſphéme deEtre ſupprimée:„Puante charogne, née de„ ton arrogance, qui te fait nommer ton Roi,„ mouches croupies dans quelque infame„ frère du flls du Soleil& du Lion couronné„ cloaque qui n'a jamais été nettoyé; qui„ au Trône du Monde, ſous les pieds du-„ peut avoir donné, à ta baſſeſſe, l'audace quel ſont toutes les Couronnes de ceux quiĩ„ de toucher aux choſes du Ciel? je me ſuis gouvernent la Terre,& dont les trés-ri-„ fait lire ta requéte, par laqueſle tu me„ ches ſandales ont des ſceptres pour agra-„prie, comme ton Seigneur, d'avoir pitié„phes. Apprens donc que j'ai fait brüöler„ de toi, qui n'es qu'un miſérable. Ma gé„ ta lettre,& que ton crime te rend digne„ néroſité& ma grandeur étoient déja preſ-„ du méême ſort. Ainſi je te commande de„ que ſatisfaites du vil préſent que tu m'of- faire voile ſur le champ, afin que la Mer,„ frois,& j'avois quelque penchant à t'a.„ qui te ſoutient, ne ſoit pas louillée&„ Corder ta demande; mais mon oreille a„ maudite“. Pag. 289& 290.
Aaa 2
MENDIEZPINTO.
Réponſesqu'il regoit.