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Tome douzième.
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Mort duGouverneur.

Délivrancedes cinq Por-tugais.

La Ville eſtpillée& bru-lée.

Prudencede Faria.

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72 VOYXAGES DE MENDEZ PINTO

paremment, de nous cauſer de l'épouvante. Mais nous voyant avancerq'un air ferme, ils ſe raſſemblêèrent dans un corps, entre nous& la Ville.Nos Jonques avoient ordre de faire jouer'artillerie, au ſignal que Fariadevoit leur donner. Auffi-têt qu'il vit'ennemi dans cette poſture, il fittirer, tout à la fois,& ſes Mouſquétaires& les Jonques. Le bruit ſeulfit tomber une partie de cette redoutable Cavalerie. Nous continuàmes demarcher, tandis que les uns fuyoient vers le pont de la Ville, où leur em-barras fut extreme au paſſage,& que les autres ſe diſperſoient dans leschamps voiſins. Ceux que nous trouvàmes encore ſerrés, proche dupont,eſſuyrent une décharge de nétre mouſquéterie, qui fit mordre la poufſiereau plus grand nombre, ſans qu'un ſeul eũt oſé mettre 1 épée à la main(p).Nous approchions de la porte, avec un extreme éronnement de la voir ſimal défendue; mais nous y rencontraàmes le Mandarin, qui ſortoit à la tétede ſix cens hommes de pied, monte ſur un fort beau cheval& revéetu d'unecuiraſſe. II nous fit tête avec aſſez de vigueur,& ſon exemple animoit ſesgens; lorfqu'un coup d'arquebuſe, tiré par un de nos valets, le frappa aumilieu de Peſtomac. Sa chute répandit tant de conſternation parmi les Chi-nois, que chacun ne penſant qu'a fuir, ſans avoir la préſence d'eſprit defermer les portes, nous les chaſfames devant nous à grands coups delances, comme une troupe de beſtiaux. IIs coururent, dans ce deſordre,le long d'une grande rue, qui conduiſoit vers une autre porte, par où nousles vimes ſortir juſqu'au dernier. Faria eut la prudence d'y laiſſer une par-tie de ſa troupe, pour ſe mettre à couvert de toute ſorte de ſurpriſe; tan-dis que ſe faiſant conduire à la priſon, il alla délivrer, de ſes propres mains,les cinq Portugais, qui m'y attendoient que la mort. Enfuite, nous ayanttous raſfemblés,& jugeant de l'effroi de nos ennemis par la tranquillitéqui regnoit autour des murs, il nous accorda une demie heure pour le pil-lage. Ce tems fut ſi bien employé, que le moindre de nos Soldats partitchargé de richeſſes. Quelques-uns emmenerent de fort belles filles, liéesquatre à quatre, avec les méches des mouſquets(4). Enfin, Fapprochede la nuit pouvant nous expoſer à quelque deſaſtre, Faria fit mettre le feuà la Ville. Elle étoit batie de ſapin& d'autre bois ſi facile à sembraſer,que la flamme s'y étant bien-têt répandue, nous nous retiràmes tranquille-ment dans nos Jonques, à la faveur de cette lumiere.

ArRks une fi glorieuſe expédition, Faria prit deux partis, qui font au-tant d'honneur à ſa conduite, que tant d'exploits doivent en faire à ſa va-leur; un d'enlever toutes les proviſions que nous pümes trouver dans lesVillages qui bordoient la Riviere, parcequ il étoit à craindre qu'on ne nousen refufàt dans tous les Ports: Pautre d'aller paſſer'hiver dans une Iledéſerte, nommée Pulo- Hinbor, ouù la rade& les eaux ſont excellentes; par-ceque nous ne pouvions aller droit à Liampo, ſans cauſer beaucoup de pré-judice aux Portugais, qui venoient hiverner paiſiblement dans ce Port avecleurs marchandiſes. Le premier de ces deux projets fut executé le jour ſui-

vant:

(pb) L'Auteur dit expreffément qu'il y en n'en diſe rien, que la plpart des Habitanseut plus de trois cens de tués. étoient ſortis pendant le combat.(4) On doit s'imaginer, quoique Pinto