MENDEZPINToO.
Périls de laroute.
Raiſonne-ment du Cor-ſaire.
Doutes deFaria.
Le Corſaireles diſſipe.
376 VOYAGES DE MENDEZ PINTO
ſortir des Iſles d' Angitur;& nous enträmes dans des Mers où les Portugaism'avoient point encore pénétré. Le vent continua de nous favoriſer juſ-qu' à'Anſe des Pécheries de Nanquin. La, nous traverſàmes un Golfe dequarante lieues,& nous découvrimes une haute montagne, qui ſe nommeLangafo, vers laquelle tirant au Nord, nous avangàmes encore pendant cin-quante jours. Les marées qui étoient fort groſſes,& le changement duvent, obligerent Similau d'entrer dans une petite Rivière, dont les bordsEStoient habités par des hommes forts blancs& de belle taille, qui avoientles yeux petits comme les Chinois, mais qui leur reſſembloient peu par l'ha-billement& le langage. Nous ne půúmes les engager dans aucune commu-nication. IIs s'avangoient en grand nombre ſur Ie bord de la Rivière, d'oùils ſembloient nous menacer par d'affreux hurlemens. Le tems& la Mernous permettant de remettre à la voile, Similau, dont toutes les déciſionsétoient reſpectées, leva l'ancre aufſi-tOt, pour gouverner à 1'Eſt-Nord-Eſt.Nous ne perdimes point la terre de vêe pendant ſept jours. Enfuite, tra-verſant un autre Golfe à'Eſt, nous entràmes dans un Détroit large de dixlieues, qui ſe nomme Sileupaquin, après lequel nous avangàmes encore l'eſ-pace de cinq jours, ſans ceſſer de voir un grand nombre de Villes& deBourgs. Ces parages nous préſentoient auſſi quantité de Vaiſſeaux. Fariacommengant à craindre d'être découvert, paroiſſoit incertain s'il devoitſuivre unc ſi dangereuſe route. Similau, qui remarqua ſon inquiêètude, luirepréſenta qu'il n'avoit pas du former un deſſein de cette importance, ſansen avoir peſé les dangers; qu'il les connoiſſoit lui-mêéme,& que les plusgrands le menagoient, lui qui étoit Chinois& Pilote: d'où nous devionsconclure qu'indépendamment de ſon inclination, il étoit forcé de nous êtrefidèle; qu'à la vérité, nous pouvions prendre une route plus füre, maisbeaucoup plus longue; qu'il nous en abandonnoit la déciſion,& qu'au moin-dre ſigne, il ne feroit pas meme difficulté de retourner à Liampo. Faria luifùt bon gré de cette franchiſe. II'embraſſa pluſieurs fois,& le faiſant ex-pliquer fur cette route, qu'il nommoit la plus longue, il apprit de lui quecent ſoixante lieues plus loin, vers le Nord, nous pourrions trouver une Ri-vière aſſez large, qui ſe nommoit Sum hepadano, ſur laquelle il n'y avoit rienà redouter, parcequ'elle étoit peu fréquentée; mais que ce détour nous re-tarderoit d'un mois entier. Nous délibéràmes ſur cette ouverture. Fariaparut diſpoſé le premier à préférer les longueurs au péril,& Similau regut
ordre de chercher la Rivière qu'il connoiſſoit au Nord.Novs ſortimes du Golfe de Nanquin;& pendant cinq jours, nous ran-geàmes une Côte aſſez déſerte. Le fixieme jour, nous découvrimes à Eſt,une montagne fort haute, dont Similau nous dit que le nom étoit- Fanjus.L'ayant abordée de fort prês, nous entràmes dans un beau Port, qui s'é-tendant en forme de croiſfant, peut contenir deux mille Vaiſſeaux à cou-vert de toutes ſortes d'orages. Faria deſcendit au rivage, avec dix ou dou-ze Soldats; mais il ne trouva perſonne qui pt lui donner les moindres lu-mières fur ſa route. Son inquietude renaiſſant avec ſes doutes, il fit denouvelles queſtions à Similau, ſur une entrepriſe que nous commengions àtraiter d'imprudente.„ Seigneur Capitaine, lui dit cet audacieux Corſai-„re, ſi javois quelque choſe de plus précieux que ma téte, je vous Fen-„ Sa-