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Tome douzième.
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Faria s'en-gage dans laKivieère dePaatebenam.

Montagnesremplies debétes farou-ches.

Pays desGigohos,&ſes bellesfourrures.

Faria veutvoir un Gigo-ho.

378 VOYARGES DE MENDEZ PINTO

mé Maſcombia,& les deux autres, d'une Province qui ſe nomme Almania,où les montagnes ſont todjours couvertes de nège.

C'kroIx dans une de ces Rivieres, que nous devions entrer. Elle ſenomme Paatebenam. IIl falloit dreſſer notre route à PEſt, pour retournervers le Port de Nanquin, que nous avions laiſſé derrière nous à deux censſoixante lieues; parceque dans cette diſtance nous avions multiplié nôtrehauteur fort au delà de l'Iſle que nous cherchions. Similau, qui s'appergutde nôtre chagrin, nous fit ſouvenir que ce détour nous avoit paru néceſ-faire à nôtre ſureté. On lui demanda combien il employeroit de tems à re-tourner juſqu'à Anſe de Nanquin par cette Riviere. Il répondit que nousm'avions pas beſoin de plus de quatorze ou quinze jours;& que cinq joursaprès, il nous promettoit de nous faire aborder dans'Ifle de Calempluy, oùnous trouverions enfin le prix de nos peines(e).

A P'entrée d'une nouvelle route, qui nous engageoit fort loin dans desterres inconnues, Faria fit diſpoſer'artillerie& tout ce qu'il jugea conve-nable à nôtré défenſe(f). Enſuite nous entrames dans l'embouchure dela Riviére, avec le ſecours des rames& des voiles. Le lendemain, nousarrivämes au pied d'une fort haute montagne, nommée Botinafau, d'oùcouloient pluſieurs ruiſſeaux d'eau douce. Pendant ſix jours, que nous em-

loyâmes à la cêtoyer, nous eũmes le ſpectacle d'un grand nombre de bêtes

arouches, qui ne paroiſſoient pas effrayées de nos cris. Cette montagnema pas moins de quarante ou cinquanté lieues de longueur: Elle eſt ſuivied'une autre, qui ſe nomme Gangitanou,& qui ne nous parut pas moins ſau-vage. Tout ce Pays eſt couvert de foréts ſi épaiffes, que le Soleil n'y peutcommuniquer ſes rayons ni ſa chaleur. Similau nous affura néanmoins qu'ilétoit habité par des Peuples difformes, nommés Gigobos, qui ne ſe nourriſ-ſoient que de leur chaſſe,& du riz que les Marchands Chinois leur appor-toient en échange pour leurs fourrures. II ajoũta qu'on tiroit d'eux chaqueannée plus de deux cens mille peaux, pour leſquelles on payoit des droitsconfidérables aux douanes de Pocaſſer& de Lantau, ſans compter celles queles Gigohos employent eux-mêmes à ſe couvrir& à tapiſſer leurs maiſons.Faria, qui ne perdoit pas une ſeule occaſion de vérifier les récits de Simi-lau, pour ſfe confirmer dans l'opinion qu'il avoit de ſa bonne-foi, le preſſa-de lui faire voir quelques- uns de ces diffornfes Habitans, dont il exageroitla laideur. Cette propoſition parut Pembarraſſer. Cependant, apres avoirrépondu à ceux qui traitoient ſes diſcours de fables, que ſon inquietude nevenoit que du naturel farouche de ces Barbares; il promit à Faria de ſatis-faire ſa curioſité, à condition qu'il ne deſcendroit point à terre, comme il

v

(e) Pag. 329 G& précédentes. répéte ſouvent qu'ils étoient fort épouvan-

(F†) II fit faire un ſermon, par Diego La- tés: mais leſperance du vol& la pitts eurentbato, Prétre de l'Equipage, pour exciter le la force de les ſoũtenir.„ IIs invoquoient,courage de ſes gens. On chanta fort dé-„ les larmes aux yeux& du fond du cœur,votement le Salve, devant une image de la„ l'aſſiſtance de ce ſouverain Seigneur,Sainte Vierge;& tous les Soldats promirent„ qui eſt aſſis à la droite de ſon Pêxe éter-de faire le Voyage, dans la confiance qu'ils„ nel“, Pag. 330.avoient au Ciel& à leur Chef. L'Auteur