AUX INDES ORIENTAL ES, Lrv. II. 379
y Stoit ſouvent porté par ſon courage. L'intéréet du Corſaire étoit aufſi virf MEvDrz
pour la conſervation de Faria, que celui de Faria pour la fienne. IIs ſecroyoient néceſſaires l'un à l'autre;'un pour éviter les mauvais traitemensde TEquipage, qui l'accuſoit de nous avoir expoſés à des dangers inſurmon-tables; Pautre, pour ſe conduire dans une entrepriſe incertaine, où touteſa confiance étoit dans ſon guide.
Novs ne ceſſions pas d'avancer à voiles& à rames, entre des mon-tagnes fort rudes& des arbres fort épais, ſouvent étourdis par le bruit d'unſi grand nombre de loups, de renards, de ſangliers, de cerfs& d'autresanimaux, que nous avions peine à nous entendre. Enfin, derriêre unepointe qui coupoit le cours de l'eau, nous vimes parottre un jeune gargon,qui chaſſoit devant lui ſix ou ſept vaches. On Iui fit quelques ſignes, aux-quels il ne fit pas difficulté de s'arréter. Nous nous approchâmes de la ri-ve, en lui montrant une piece de taffetas verd, par le conſeil de Similau,qui connoiſſoit le goũt des Gigohos pour cette couleur. On lui demanda,par d'autres ſignes, s'il vouloit l'achéter. II entendoit auffi peu le Chinoisque le Portugais. Faria lui fit donner quelques aunes de la même piêce,&ſix petits vaſes de porcelaine, dont il parut ſi content, que ſans marquerd' inquiétude pour ſes vaches, il prit aufſi-tot ſa courſe vers le bois. Un quartd'heure apres, il revint d'un air libre, portant fur ſes Spaules un cerf envie. Huit hommes& cinq femmes, dont il étoit accompagné, amenoienttrois vaches liées,& marchoient en danſant, au ſon d'un tambour, ſur le-ils frappoient cinq coups par intervalles. Leur habillement etoit dif-Erentes peaux, qui leur laiſſoient les bras& les pieds nuds, avec cetteſeule différence pour les femmes, qu'elles portoient, au milieu du bras, degros bracelets d'étain,& qu'elles avoient les cheveux beaucoup plus longsque les hommes. Ceux-ci étoient armés de gros baàtons, brülés par Iebout,& garnis, juſqu'au milieu, des mêmes peaux dont ils 6toient cou-verts. IlIs avoient tous le viſage farouche, les levres groſſes, le nezplat, les narines larges,& la taille haute. Faria leur fit divers préſens,pour leſquels ils nous laifferent leurs trois vaches& leur cerf. Nous quit-tämes la rive; mais ils nous fuivirent pendant cinq jours ſur le bord deFeau(g).
AFREs avoir fait environ quarante lieues dans ce Pays barbare, nouspouſſàmes nôtre navigation pendant ſeize jours, ſfans découvrir aucune au-tre marque d'habitation que des feux, que nous appercevions quelquefoispendant la nuit. Enfin, nous arrivàmes dans''Anfe de Nanquin, moinspromptement à la vérité que Similau ne P'avoit promis, mais avec la mè-me eſpérance de nous voir dans peu de jours au terme de nos deſirs. IIfit comprendre, à tous les Portugais, la néceſſité de ne pas ſe montrer auxChinois, qui n'avoient jamais vuͤ d'Etrangers dans ces ſijeux. Nous ſuivi-
mes
(&) II faut ſuppoſer, pour trouver quel- ou dans quelqu'un des Canaux de communi-que vraiſemblance dans ce récit, que de la cation, qui ſont en fort grand nombre à laRiviére de Paatebam, Similau fit paſſer les Chine. Voyez la Deſcription de cet Empiredeux Batimens dans quelque autre Rivieèere, aux Tom. VII.& VIII. 2*
Bbb 2
PIRNTo.
Ils'en préſente un ſur
le rivage.
Anſe deNanquin.