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Tome douzième.
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Imprudencequi fauve l'Iſ-le& les Tem-ples.

Signal desBonzes pourſe procurerdu ſecours.

Courage de

Faria.

384 VOYAGES DE MENDEZ PINTO

Nous portämes à bord toutes les richeſſes que nous avions p découvrir.La nuit, qui sapprochoit, nous êta la hardieſſe de pénétrer plus loin dansun lieu que nous connoiſſions peu: mais comme Toccaſion ſeule nous avoitdéterminés à profiter ſur le champ de ce qui s'toit offert, nous emportâ-mes l'eſpérance de parvenir le lendemain à d'autres ſources de richeſſes(p).Faria ne quitta pas Hermite, ſans l'avoir forcé de lui apprendre quels en-nemis nous avions à redouter dans PIfle. Son récit augmenta nôtre con-fiance. Le nombre des ſolitaires, qu'il nommoit Talagrepos, étoit de troiscens ſoixante, dans les Hermitages, mais tous d'un dge fort avancé. IIs a-voient quarante valets, nommés Menigrepos, pour leur fournir les ſecoursnéceſfaires, ou pour les affiſter dans leurs maladies. Le reſte des édifices,qui étoit éloigné d'un quart de lieue, n'étoit peuplé que de Bonzes, non-ſeulement ſans armes, mais ſans barques pour ſortir de I'Ifle, où toutesleurs proviſions leur étoient apportées des Villes voifines. Faria congutqu'en y retournant à la pointe du jour, apreès avoir fait une garde exactependant la nuit, nous pouvions eſpérer qu’ il n'échaperoit rien à nos recher-ches;& que ſix ou ſept cens Moines Chinois, qui devoient être à-peu-préèsle nombre des Bonzes, n'entreprendroient pas de ſe défendre contre desSoldats armés.

QvuELaQur témérité qu'il y e0t dans ce deſſein, peut-Etre n'auroit-il pasmanqué de vraiſemblanceé, ſi nous avions eu la précaution de nous défairede rHermite, ou de l'emmener ſur nos Vaiſſeaux. II pouvoit arriver queles Menigrepos laifſaſſent paſſer cette nuit ſans viſiter ſon hermitage,&nous ſcrions deſcendus le lendemain avec l'avantage de ſurprendre tous lesautres Bonzes. Mais il ne tomba dans l'eſprit, à perſonne, que nôtre pre-mièere expédition püt être ignorée juſqu'au jour ſuivant,& chacun ſe repo-ſa fur la facilité qu'on ſe promettoit à réduire une troupe de Moines ſanscourage& ſans armes.

FAXRIA donna ſes ordres pour la nuit. IIs confiſtoient principalementà veiller autour de'Ifle, pour obſerver toutes les Barques qui pouvoienten approcher. Mais, vers minuit, nos Sentinelles découvrirent quantitéde feux fur les Temples& ſur les murs. Nos Chinois furent les premiersà nous avertir que C'stoit fans doute un ſignal qui nous menagoit. Fariadormoit d'un profond ſommeil. IIl ne fut pas plutòt éveillé, qu'au lieu deſuivre le conſeil des plus timides, qui le preſſoient de faire voile auſſi·tõt,il ſe fit conduire à rames droit à'Ille. Un bruit effroyable de cloches& de bafſins confirma bien-tôt l'avis des Chinois. Cependant Faria nerevint à bord que pour nous déclarer qu'il ne prendroit pas la fuite, ſansavoir approfondi la cauſe de ce mouvement. Il ſe flattoit encore que lesfeux& le bruit pouvoient venir de quelque fete, ſuivant ruſage commundes Bonzes. Mais, avant que de rien entreprendre, il nous fit jurer ſurTEvangile, que nous attendrions ſon retour. Enſuite, repaſſfant dans IIſ-le, avec quelques- uns de ſes plus braves Soldats, il ſuivit le ſon d'une clo-che, qui le conduiſit dans un hermitage différent du premier. Là, 782

er-

(b) Pinto ne dit pas à quoi montoit le pillage des tombeaux.