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Tome douzième.
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AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 83

avions obfervées, pour prendre langue dans les Hermitages,& rêgler nõ-tre conduite ſur ſes informations. II fe fit accompagner de quarante Soldats,de vingt Eſclaves,& de quatre de nos Priſonniers Chinois. F'étois de cet-te eſcorte. Nous entràmes dans P'Ifle, avec le même ſilence qui ne ceſſoitpas d'y rêgner(m);& traverſant le petit bois d'orangers, nous arrivmesà la porte du premier Hermitage. II n'étoit qu'à deux portées de mouſquet,du lieu où nous étions deſcendus. Faria marchoit le fabre à la main. N'ap-percevant perſonne, il heurta deux ou trois fois pour ſe faire ouvrir. Unmui répondit enfin„ que celui qui frappoit à la porte devoit faire le tour„ de l'édifice,& qu'il trouveroit une autre entrée“. Un des Chinois„quenous avions amené pour nous ſervir d'interpréte,& de guide, après luiavoir impoſé des loix redoutables, fit auſſi-têt le tour de Hermitage,&vint nous ouvrir la porte ou il nous avoit laiſſés.

FARIA, fans autre explication, entra bruſquement,& nous ordonna dele ſuivre. Nous trouvàmes un vieillard qui paroiſſoit dgé de plus decent ans,& que la goutte retenoit afſis. II etoit vétu d'une longue robbede damas violet. La vüe de tant de gens armés lui cauſa un tranfſport defrayeur, qui le fit tomber preſque ſans connoiſfance. IIl remua quelque-tems les pieds& les mains, ſans pouvoir prononcer un ſeul mot. Maisayant retrouvé Puſage de ſes ſens,& nous regardant d'un air plus tranquille,il nous demanda qui nous étions& ce que nous déſirions de lui. I.Inter-préte lui répondit, ſuivant Pordre de Faria, que nous étions des Marchandsétrangers; que naviguant dans une Jonque fort riche, pour nous rendreau Port de Liampo, nous avions enl le malheur de faire naufrage; qu'unmiracle nous avoit fauvés des flots,& que nôtre reconnoiſſance, pour cet-te faveur du Ciel, nous avoit fait promettre de venir en pélerinage dans laſainte Ile de Calempluy; que nous y Stions arrivés pour accomplir nôtrevœu; que nôtre ſeule intention, en le troublant dans ſa ſolitude, étoit demi demander particuliérement quelque aumêõne, comme un ſoulagement née-ceſſaire à nôtre pauvreté;& que nous nous engagions à lui rendre, danstrois ans, le double de ce qu'il nous permettroit d'enlever(n).

LHERMITE parut méditer un moment fur ce qu'il venoit d'entendre.Enſuite regardant Faria, qu'il crut reconnoitre pour nôtre Chef, il eutFaudace de le traiter de voleur& de lui reprocher fa criminelle entrepriſe.Ce ne fut pas néanmoins ſans joindre, à ſes injures, des prières& des ex-hortations. Faria loua ſa pieté,& feignit mêeme d'entrer dans ſes vües.Mais après'avoir ſupplié de modérer ſon reſſenriment, parceque nous n'a-vions pas d'autre reſſource dans nôtre miſére, il n'en ordonna pas moins àſes gens de viſiter'Hermitage& d'enlever tout ce qu'ils y trouveroient deprécieux(o). Nous parcourümes toutes les parties de cette eſpèce detemple, qui étoit rempſi de tombeaux,& nous en briſàmes un grand nom-bre, oùð nous trouvàâmes de argent mêlé parmi les os des morts. L.Her-mite tomba deux fois evanoul, pendant que Faria s'efforgoit de le conſoler.

(„) L.'Auteur ajoüte; avec le nom de(%) L'Auteur prête ici au Bonze, un lan-JFeſus au cœur& dans la bouche, pag. 345. gage trèés-vertueax,& des railleries fort in-

(n.) Pag, 345& 342. décentes aux Portugais, pag. 348&. ſuiv.

900

MENDEZ

PINToO.Ce qu'iltrouve dans

un Hermita-

gc.

I! fait pillerles tombeaux

Chinois.