Band 
Tome douzième.
Seite
387
JPEG-Download
 

AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 387

dy courant(z). Comme ils étoient les plus vigoureux, nous deſeſpérames

un meilleur ſort. Nous primes le parti de retourner à l'Eſt, en ſuivantle bord de l'eau, fur lequel nous paſſaä3mes une nuit fort obſcure, aufſi tour-mentés par la faim que par le froid& la pluye. Le lendemain, avant lejour, nous appergüùmes un grand feu, vers lequel nous nous remimes à mar-cher: mais le perdant de vüe, au lever du Soleil, nous continuàâmes juſ-qu'au ſoir de fuivre la Riviére. Le Pays commengoit à s'ouvrir. Nötreeſpérance étoit de rencontrer quelque habitation ſur la rive. D'ailleurs,nous ne pouvions nous éloigner d'une route, où l'eau, qui étoit excel-lente;, ſervoit du moins à ſoùtenir nos forces. Le ſoir, nous arrivàmesdans un bois, où nous trouvàmes cinq hommes, qui travailloient à faire ducharbon(a).

Ux long commerce, avec leur Nation, nous avoit rendu leur langue aſ-ſez familiere. Nous nous approchàmes d'eux. Nous nous jettàmes à leurspieds, pour diminuer l'effroi qu'ils avoient pü reſſentir à la vüůge d'onze E-trangers. Nous les priames au nom du Ciel, dont la puiſſance eſt reſpec-tée de tous les Peuples du Monde, de nous adreſſer dans quelque lieu oùnous puſſions trouver du remêde au plus preſſfant de nos maux. Ils nousregarderent d'un œil de pitié.„ Si vôtre unique mal étoit la faim, nous„ dit l'un d'entr'eux, il nous ſeroit aifé d'y remédier; mais vous avez„ tant de playes, que tous nos facs ne fuffiroient pas pour les couvrir˙.En effet les ronces, au travers deſquelles nous avions marché dans les mon-tagnes, nous avoient déchiré le viſage& les mains;& ces playes, queFexces de nôtre miſére nous empéchoit de ſentir, étoient déja tournées enpourriture.

LEs cing Chinois nous offrirent un peu de riz& d'eau chaude, qui nepouvoit ſuffire pour nous raſſaſier. Mais, en nous laiſſant la liberté de paſ-ſer la nuit avec eux, ils nous conſeillèrent de nous rendre dans un Hameauvoiſin, où nous trouverions un Hôpital qui ſervoit à loger les pauvres Voya-geurs. Nous primes auffi-têt le chemin qu'ils eurent l'humanité de nousmontrer. II Stoit une heure de nuit, lorſque nous frappàmes à la porte de'Hôpital. Quatre hommes, qui en avoient la direction, nous regurent a-vec bonté. Mais s'étant réduits à nous donner le couvert, ils attendirentle lendemain pour nous demander qui nous étions. Un de nous lui répon-dit que nous etions des Marchands de Siam, à qui la fortune avoit fait per-dre leur Vaiſfeau par un naufrage. IIs voulurent ſavgir où nous avions deſ-ſein d'aller. Noôtre intention, leur dimes-nous, Getoit de nous rendre àNanquin, où nous eſpérions de nous embarquer ſur les premières Lantées,qui partiroient pour Canton. Is nous demandéèrent pourquoi nous préférionsCanton à d'autres Ports. Nous leur dimes que c'étoit dans la confiance d'ytrouver des Marchands de nôtre Nation, à qui Empereur permettoit d'yexercer le Commerce. Soit prudence ou curioſité, ils continuerent de nous

fai-

() Trois hommes fort honorables, dit ciro. IIs gtoient tous trois de Ponte-lima,Pinto, deux deſquels étoient frêères. IIs ſe Ville de Portugal.nommoient Melchior& Gaſpard Barboſa. Le(a) Ibid.nom du troiſiéme étoit François Borges Cay-

CGcC 2

MENDRZPINToO.

Ils trouventcinq hommesdans un bois.

Ce qu'ilsont à ſouffrirde la faim.

Lenteur desChinois quiles defeſpère.