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Tome douzième.
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MrubERzPINTo.

Faveursqu’'ils regoi-vent d'unSeigneur Chi-nois.

390 VOYAGES DE MENDEZ PINTO

mes ſous un arbre, où nêôtre malheur nous fit trouver trois hommes quigardoient un grand nombre de vaches,& qui ne virent pas onze Etran-gers, ſans étre allarmés pour leur troupeau. IIs ſe mirent à pouſſer descris, qui firent ſortir tous les Habitans, armés de bàtons& de pierres.Dans leurs premiers tranſports, nous fümes bleſſés de pluſieurs coups;&cette chaleur n'ayant fait qu'augmenter à nêôtre vüe, parmi des furieux quine reconnoiſſoient point les traits du Pays fur nôtre viſage, ils nous lié-rent les mains derrière le dos,& nous menerent priſonniers dans le Bourg.Nous faillimes d'y étre aſſommés. On nous plongea dans une citerne d'eaupourrie, qui étoit remplie de ſangſues. Nous y étions juſqu'à la ceintu-re;& pendant deux jours, nous y demeurâmes ſans aucune ſorte d'ali-mens. Enfin, le Ciel amena, de Suzoanganu, un Habitant qui nous y a-voit vüs. II apprit nôtre diſgrace. II fit honte à nos ennemis de nousavoir pris pour des voleurs;& ſur ſon témoignage on nous délivra denôtre priſon, tout ſanglans de la morſure des ſangſues. Nous partimes fortirrités, ſans vouloir entendre les excuſes par leſquelles on s'efforga de nousconſoler.

LE lendemain, après avoir paſſé la nuit ſur un peu de fumier, nous dé-couvrimes du haut d'une colline, dans une grande plaine remplie d'arbres,une fort belle maiſon, qui nous parut environnée de pluſieurs tours,&ſurmontée d'un grand nombre de girouettes dorées. Nous nous en appro-chàmes avec une ſorte de reſpect. Bien-tôt, nous vimes arriver à cheval,un jeune homme de ſeize ou dix-ſept ans, accompagné de quatre valetsde pied, qui portoient des oiſeaux de proye ſur le poing,& qui condui-ſoient une meute de chiens. II s'arréta, pour nous demander qui nous é-tions. Nous ſatisfimes ſa curioſité pa le récit de nôtre naufrage. II pa-rut ſenſible à nos infortunes;& nous recommandant d'attendre ſes ordresdans la première cour du Chateau, il entra dans la ſeconde. La-deſſus,une vieille femme, en robbe fort longue, avec un chapelet pendu au cou,vint nous avertir que le fils du Seigneur nous faiſoit appeller. Nous paſ-ſames dans la ſeconde cour, qui étoit environnée d'un beau periſtyle. Lefrontiſpice étoit une grande arcade, ornée de riches gravures, au milieudeſquelles s'offroit un écuſſon d'armes, ſuſpendu par une chaine d'argent.On nous fit monter un eſcalier fort large, qui nous conduiſit dans unegrande falle, où nos premiers regards tombérent ſur une femme d'en-viron cinquante ans, qui étoit affiſe ſur un riche tapis. Elle avoit àſes côtés deux fort belles filles,& ſous ſes yeux un vénérable Vieil-lard, couché ſur un petit lit, qu'une des deux filles rafratchiſſoit d'un é-ventail. Préès de lui, étoit le jeune Gentilhomme qui nous avoit fait ap-peller;& plus loin, ſur un autre tapis, neuf jeunes filles, vétues de da-mas blanc& cramoiſi, qui s'occupoient d'un travail convenable à leur ſe-xe. Nous nous miͤmes à genoux Brsft le Vieillard, pour lui expoſer nô-tre ſituation. Il ordonna que nous fuſſions bien traités;& prenant occa-ſion de nos diſgraces pour inſtruire ſon fils, il lui fit un diſcours fort tou-chant ſur les miſéeres humaines,& ſur le bonheur qu’'il avoit d'en êtreà couvert par ſa naiſfance& ſa fortune. Enſuite, nous ayant fait don-ner trois pieces de toile de lin& quatre taels en argent, il nous pro-

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