AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 391
poſa de paſſer la nuit dans ſa maiſon, parceque le jour étoit trop avancepour nous remettre en chemin. Nous acceptàmes ſes offres, avec autantd'admiration que de reconnoiſſance pour une genéroſité dont les exemplesſont rares en Europe.
APREs d'’autres expériences de l'humanité des Chinois,''Auteur faitentendre que la douceur qu'il y a pour des miſérables à trouver du ſecoursdans la charité d'autrui, joint à'ignorance des chemins,& ſur-tout à lacrainte de paſſer dans les grandes Villes, ou les Loix ne ſont pas favora-bles aux Etrangers, lui fit prendre de longs détours avec ſes Compagnons,& les fit voyager, dit-il, de Pays en Pays. Mais n'ayant pü éviter uneVille nommée Taypol, ils y furent appergus par un de ces Intendans de Juſ-tice que la Cour envoye quelquefois dans les Provinces,& ſaiſis, par ſonordre, comme des vagabonds qui pouvoient troubler la tranquillité publi-que. II Stoit arrivé, dans ce Canton, quelques déſordres dont ils furentaccuſés. Leur ſort fut d'etre enfermés dans une étroite priſon, où pen-dant vingt-ſix jours, ils éprouvérent les plus rigoureux tourmens. Cepen-dant, comme le droit des Sentences capitales n'appartient point aux Tri-bunaux inférieurs, ils furent conduits par différens degrés, juſqu'à la VilleImpériale,& condamnés enfin, ſuivant les uſages du Pays, à ſervir'Etaten qualité d'Eſclaves, pendant Feſpace d'un an. Cetté ſévérité fut ton-jours accompagnée d'un mélange de douceur. Lorſqu'ils avoient été dé-chirés à coups de fouet, dans leur priſon, on les faiſoit paſſer dans deschambres plus commodes, ou diverſes perſonnes aſſociées pour les exerci-ces de charité, venoient panſer leurs bjeſſures,& ne leur refuſoient au-cune ſorte de ſoulagement. Mais les chatimens n'en étoient pas moins re-commencés apréès leur guériſon;& d'onze qu'ils étoient encore, deux mou-rurent dans cette alternative de careſſes& de tourmens.
LAuTrEün, todjours ardent pour s'inſtruire, étoit conſolé de ſes pei-nes par Foccaſion qu'il avoit de connottre le Pays en paſſant par les Vil-les; ſur-tout lorſqu ayant trouvé plus de faveur à Nanquin, il ſe vit moinsobſervé de ſes Gardes& beaucoup moins mal-traité. II ſeroit inutile de leſuipre dans toutes ſes obſervations(9b), qui ne feroient que remettre de-vant les yeux du Lecteur, une partie de ce qu'il a 1u dans les Relations pré-cedentes. Mais rien ne me diſpenſe d'en détacher ce qui eſt propre à Pin-to,& ce qui peut avoir ici le mérite de la nouveauté.
LEs autres Voyageurs, ayant eu rarement la liberté de s'arreter à Nan-quin, ſe ſont moins eétendus ſur la Deſcription de cette grande Ville, quefur celle de Pequin, ou la plüpart ont fait leur principale réſidence. Pinto
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(5) L'étude que j'ai du faire des uſages& des loix de la Chine, pour en donner unelongue deſcription dans le ſeptiéme& le hui-tiem Tome de ce Recueil, me met en éetatd'aſſurer avec Figuero ſon apologiſte, qu'ils'accorde avec nos Voyageurs les plus efti-més. Fai reconnu deux principales raifons,qui ont ſervi long tems a le décréditer: 1°.Ueſt le premier qui ait publié avec quel-
que détail les merveilles de l'Empire Chi-nois;& juſqu'à-ce qu'elles ayent été confir-mées par le témoignage des Miſſionnaires,auxquels on n'a pu refuſer la confiance qu'ilsméritent, ſes récits ont paru peu vraiſem-blables. 2°. II s'eſt attaché particuliérementà ce qui ſemble le plus éloigné de nos idées,apparemment parce qu'’il en avoit été plusfrappé que des choſes communes.
MeRNRDIzZPoINT.
Remarquesſur diverſes
parties decette Rela-tion, qu'on
ſupprime.
Obſerva-tions de Pin-to ſur Nan-quin.