AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 4⁰09
ſentir au Kham la néceſſité de lever le Siége pour ſauver Armée. Cettehumiliation lui parut inévitable, lorſqu'il eut appris que depuis lix mois&demi qu'il étoit devant la Place, il avoit perdu ſe tiers de ſes Troupes(b),& qu’'une partie de ſon Camp étoit inondée. Toute U'Infanterie füc embar-quge, avec le reſte des munitions;& le Kham ſe mit en marche à la têétede trois cens mille chevaux, au lieu de ſix cens mille avec leſquels il étoitentré dans la Chine.
SEs ravages continuérent juſqu'à la grande muraille, qu'il repaſſa ſansoppoſition, à la porte de Singrachirau. De-là, s'étant rendu à Uanquinor,premieère Ville de ſes Etats, qui n'étoit qu'à trois lieues de la muraille, ilarriva le lendemain à Pſipator, où il congédia la plüpart de ſes Troupes. Sonchagrin éclatoit dans toutes ſes réſolutions. II n'avoit gardé que dix oudouze mille hommes, avec leſquels il s'embarqua ſi mécontent, qu'en arri-vant ſix jours après à Langame, il y deſcendit pendant la nuit, après avoirdéfendu toutes les marques de joye par leſquelles on vouloit célébrer ſon
retour().
Ix attendit dans cette Ville l’arrivée de ſon Infanterie, qui employa8” Ploy
vingt-ſix jours à rentrer dans ſes Etats.
Enſuite ſon inquiétude le conduiſit
à Tuymicau, autre Ville de ſon Empire, ou il regut la viſite des Princes voi-
ſins,& les Ambaſſades de pluſieurs grands Rois fort éloignés(*¼).
(5b) II Sétoit mort de maladie, ou par lesarmes, environ quatre cens cinquante millehommes,& trois cens mille étoient paſſésdans le parti des Chinois. En deux mois&demi de famine, on avoit mangé trois censmille chevaux,& ſoixante mille rbinoceros.Le Siège fut levé, un Lundi, 7 du moisd'Octobre. Pag. 589& 590.
(¹) bag. 591& précédentes.
(*¼) On doit retourner au neuvième To-me de ce Recueil, pour ſe former une juſteidée de la grandeur des Tartares pendant ceſiècle. Ici, Pinto fait une deſcription desAmbaſſades, qui mérite d'étre remarquée,en faveur de la Géographie du même tems.Leg principates, dit il, furent celle deXamatas, Roi des Perſes; celle de Siamon,Empereur des Gueos, dont le Pays eſt li-mitrophe à celui de Brama& de Tangu;celle du Calaminbam, dont je parlerai dansla ſuite; celle du Sornau d'Odia(1), quiſe fait nommer Roi de Siam, donc leRoyaume s'avoiſine de ſept cens lieues deCôte avec celui de Tanaſſerim,& du côtéde Champa avec les Malays, les Berdios„& les Patanes,& par le cœur du Pays„ avec Paſſiologue, Capinper& Chiammay,
2-2
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Lesfetes,
„ comme avec les Laos& les Gueos; de„ maniére qu'’il compte dix ſept Koyaumes„dans ſes Etats; celle du Roi des Mogores,„ dont l Etat eſt dans le c-cœur des terres,„ près des Corazones, Province voiſine de„Perſe.& preès du Royaume de Dely&„ de Chitor; enfin celle d'un Empereur„ nommé Caran, comme nous l'apprimes„ici, qui a les bornes de ſa ſouveraineté„ dans les montagnes de Goncalidau, ſoi-„ Xante degrés plus loin,& dont les Sujets„ s'appellent Moſcovites. Nous en vimes„ queſques- uns en cette Ville, qui étoient„ blonds, de belle taille,& vétus de haut-„ de-chauſſes, de caſaques,& de chapeaux,„ comme les Flamans& les Suiſſes. Les„ plus honorables avoient des robbes four-„ rées de peaux,& de martres zibelines.„ Is portoient tous de grandes& larges„ Epées:& nous remarquàmes qu'en leur„ langage ils uſoient de quelques mots la-„ tins; méme qu'’en baaillant ils répétoient„ trois fois Dominus, Dominus, Dominus,„ ce qui ſembloit avoir en eux plus d' appa-„ rence d'Idolàatrie que de Religion. Ce qu'il„ y avoit de pire en eux, étoit le déteſta-„ ble péché de Sodomie, auquel ils étoient
„ gran-
(1) Odi eſt le nom Indien de la Ville même de Siam. On a deja remarqué que cet Etat avoit été beau-
coup plus conſi ferable,ei-deſſus les Kelations de Siam.
XII. Part.
ſous le nom de Sornau, que nos Voyageurs ne le repréſentent aujouid'hui. Voyez
Fff
MENDEZPINTo.
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