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Tome douzième.
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MzNDEZPINToO.Queſtions

du Kham&réponſe desPortugais.

Les Tarta-res lèvent leSiège de Pe-kin.

VOYACGCES DE MENDEZ PINTO

Alors le Kham dit à Nauticor:„Demande à ces gens du bout du Monde,„ s'ils ont un Roi,& comment ſe nomme leur Pays;& de combien il eſt„ Gloignée de la Chine, ouù je ſuis à préſent? Un de nous répondit que nô-„tre Pays ſe nommoit Portugal, que nous avions un Roi fort puiſſant,&„ que depuis ſa Capitale juſqu'à Pekin, le Voyage étoit de trois ans“. Cet-te réponſe étonna beaucoup le Kham, qui ne crôyoit pas le Monde ſi vaſ-te. II ſe frappa trois fois la cuiſſe, d'une baguette qu'il avoit à la main;& levant les yegux vers le Ciel, il témoigna ſon admiration par quelquesmots, dans leſquels il nomma les hommes de miſerables fourmis. Enſuite,nous ayant fait ſigne d'approcher juſqu'au premier degré du Trône, ouù lesquatorze Rois étoient alfis, il nous demanda, du meme air d'étonnement,Combien, Combien? Nous lui répétâmes trois ans. IIl voulut ſavoir pourquoinous n'étions pas venus par Terre, plutòôt que par Mer, ouù les dangersétoient continuels? Nous répondimes, qu'ils étoient encore plus grandspar Terre, dans une immenſe étendue de Pays, qui étoient peuplés de dif-férentes Nations. Que venez-vous donc chercher ici, ajoũta le Kham,&pourquoi vous expofez-vous à tant de péerils? Lorſque nous emes répon-du à cette queſtion(†), il demeura quelque-tems en ſilence. Enſuite,branlant trois ou quatre fois la tete, il dit à ceux qui étoient prês de lui;„ qu'il y avoit ſans doute beaucoup d'ambition& peu de juſtice dans nô-„ tre Pays, puiſque nous venions de ſi loin pour conqueérir d'autres ter-„ res(·)“. Ce diſcours,& la réponſe d'un vieux Seigneur auquel il étoitparticuliérement adreſſe, exciterenc beaucoup d'applaudiſſemens. IIs fu-rent interrompus par la muſique, qui dura quelques momens;& le Khampaſſa dans une autre chambre, avec ſes plus belles Muſiciennes& une jeunefille qui le rafratchiſfoit par le mouvement d'une ſorte d'éventail. Nauti-cor regut ordre de demeurer: mais il nous fit dire de retourner à nôtretente,& de nous repoſer für les bons offices qu'il nous rendroit aupres duKham.

CgsPENDANT il ſe paſſa quarante-trois jours, ſans aucun changementdans nôtre ſort. Le Siéege étoit pouſſé avec beaucoup de vigueur; maisles Chinois n'en apportoient pas moins à leur défenſe. II s'eétoit répandu,dans le Camp, des maladies qui emportoient chaque jour quatre ou cinqmille hommes;& le débordement des deux Rivières, dont ce Pays eſt ar-roſé, rendoit le tranſport des vivres extremement difficile. Dailleurs l'hi-ver approchoit. II faiſoit enviſager d'autres obſtacles, qui commengoientà décourager les Tartares. On tint un conſeil général, dans lequel on fit

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„ le-ci étoit ſqœur de Nauticor, nôtre Gé-„„ néral,& fort aimée du Kham, qui étoit„ àgé d'environ quarante ans, de haute tail-„ le, aſſez maigre,& de bonne mine. II„ avoit la barbe fort courte, les mouſtaches„ à-la Turque, les yeux à la Chinoife,& le„ regard ſévére& majeftueuz. Quant à ſon„ vétement, il gtoit violet, en fagon de„ ſoutane à la Turque, en broderie de per-„les;& à la téte, une ſalade de ſatin de

(1) Pag. 585& precedentes. Les Tanares tenoient alors Pékin affiegé,

„ méme couleur, avec une riche broderie„ de diamans& de rubis entremélés. En ſes„ pieds, il avoit des ſandales vertes, ou-„ vragées de canetilles d'or, avec quantité„ de perles(1)“*.

(f) L'Auteur ne nous apprend pas quellefut cette réponſe.

(g) Le Kham ſe condamnoit donc ainſßlui-même. R. d. E.