AUCXINDES ORIENTALES, Lrv. II. 4 11
Novs nous retiràmes avec une vive joye, pour nous préparer au dé-part. Trois jours apres, à la ſollicitation de Nauticor, Sa Majeſté nousfit donner deux mille taels,& nous remit aux Ambaſſadeurs qu'elle en-voyoit à la Cour d'zanguay, Capitale de la Cochinchine. Enfin, nouspartimes avec eux. Georges Mendez nous fit préſent de mille ducats; Ii-béralité qui ne pouvoit l'appauvrir, parce qu'il en avoit déja ſix mille derente. Il nous accompagna pendant le premier jour de nêtre Voyage, ſanspouvoir retenir fes larmes, lorſqu'il enviſugeoit'eternel exil auquel il s'toit condamné volontairement(1).
(1) Pag. 602& précédentes. Les Ambaſſadeurs s'embarquèrent ſur une Rivcière, dontPinto ne nous apprend pas le nom.
S.. NV.Retour de'Auteur auæx Indes, après ſon Eſclavage.
E partis de Tuymican, le 9 de Mai 1545, nous arrivàmes le—₰ ſoir dans une Ville nommée Guatypamor, célébre par ſon Univerſité,où nous fqmes traités fort civilement ſous la protection des Ambaſſadeurs-Le lendemain, nous allaàmes paſſer la nuit à Puchanguim, petite Ville, maisdefendue par des foſſés tres-larges,& par quancicé de cours& de boule-vards. Nous nous rendimes, le troiſiéme jour, dans une Ville plus conſi-dérable, qui ſe nommoit Euxcau.
CINC. Jours aprés, n'ayant pas ceſſé de ſuivre la Rivière, nous arri-vames à la porte d'un grand Temple, nommé Singuafatur, prés duquel onvoyoit un enclos de plus d'une lieue de circuit, qui contenoit cent ſoixante-quatre maiſons, longues& larges, ou plutéc autant de magaſins remplis detétes de morts. Hors de ces édifices, on avoit formé de ſi grandes pilesd'autres oſfemens, qu'elles s'élevoient de pluſieurs braſſes au-deſſus destoits. Un petit tertre, qui s'élevoit du côté du Sud, offroit une ſorte deplate-forme, où l'on montoit par neuf rangs de degrés de fer, qui condui-ſoient à quatre portes. La plate-forme fervoit comme de piédeſtal à laplus haute, la plus difforme,& la plus épouvantable ſtatue que rimagina-tion puiſſe ſe repreſenter, qui étoit debout, mais adoſſée contre un donjonde forte pierre de taille. Elle étoit de fer fondu. Sa difformité n'em-péchoit point qu'on ne remarquàt beaucoup de proportion dans tous ſesmembres, à Fexception de la tete, qui paroiſſoit trop petite pour un ſigrand corps. Ce monſtre ſofrenoit, ſur fes deux mains, une prodigieuſeboule de fer. Nous demandaàmes à'Ambaſfſadeur de Tartarie Fexplicationd'un monument ſi bizarre. II nous dit que ce perſonnage, dont nous ad-mirions la grandeur, étoit le gardien des oſſemens de tous les hommes,&qu'au dernier jour du Monde, où les hommes devoient renattre, il nousrendroit à chacun les memes os que nous avions eus pendant nõtré premie-re vie, parceque les connoiſſant tous, il ſgauroit diſtinguer à quel corps ilsauroient appartenu: mais qu'à ceux qui ne lui rendoient pas d'honneur&qui ne lui faiſoient pas d aumöne ſur la Terre, il donneroit les os les plus
Fff 2 pour-
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PINToO.
Pinto& ſesCompagnonsquittent laTartarie.
Leur route,
Temple&lieu des oſſe-mens demorts.
Statuemonſtrueuſe.