MENDEZPINToO.Sa récep-tion dans lePalais du Roi.
416 VOYAGES DE MENDEZ PINTO
LE Prince, étant arrivé dans cet équipage au logement de l'Ambaſſa-deur Tartare, lui offrit, aprêès quelques complimens, le chariot dans le-quel il étoit venu. Enſuite, étant monté à cheval, il ſe mit à ſa droite,&Ambaffadeur de la Cochinchine à ſa gauche. On marcha dans cet ordre,avec le même cortège& la meme pompe, juſqu'à la premiêre cour du Pa-lais du Roi, où toute la Nobleſſe formoit une brillante aſſemblée. De-là,les deux Ambaſſadeurs s avancerent à pied juſqu'à la porte du Palais. Unvieux Seigneur, oncle du Roi, s'etant préſenté pour les recevoir, ils baiſé-rent le cimeterre qu'il portoit à ſa ceinture; honneur qu'il leur rendit à ſontour, mais auquel il en joignit un autre, qui paſſe pour une grande diſtine-tion à la Cochinchine: ce fut de leur mettre la main ſur la téte, tandisqu' ils étoient proſternés devant Jui(1). Alors, il ſe häta de relever le Tar-tare;& le faiſant marcher à ſon cõté, il le conduiſit, par une ſalle fortlongue, vers la porte qui la terminoit. II y frappa trois fois. A la troi-ſiéme, on demanda qui il étoit, comme s'il n'e0t point été attendu,& cequ' il deſiroit dans lappartement du Roi. II répondit:„ Par un ancien„ uſage d'amitié, un Ambaſſadeur du grand Xinarau de Tartarie(m), eſt„ venu pour obtenir audience du Prechau Guimiam, Seigneur de nos tê-„ tes“. Auſſi-têt les portes furent ouvertes. Loncle du Roi paſſa le pre-mier, tenant]Ambaſſadeur de Tartarie par la main. L'Ambaſſadeur du Paysſuivit immédiatement, conduit par le Capitaine des Gardes, qui le tenoitde meme. Tous les gens de leur ſuite regurent ordre de paſſer trois à trois.Nous entràmes dans une ſalle beaucoup plus belle que la première, ouù nousvimes ſoixante-quatre ſtatues de bronze& dix-neuf d'argent, toutes atta-chées par le cou à des chaines de fer. On nous apprit, pour ſatisfaire nô-tre curioſité, que c'étoient les quatre-vingt-trois Dieux des I imochoubos,que le Roi leur avoit enlevés dans la derniére guerre,& qu’il devoit con-duire en triomphe à ſon entrée dans ſa Capitale.
D cette ſalle, nous paſſfames dans une chambre fort ſpacieuſe, où quan-tité de belles femmes étoient afſiſes; les unes travaillant à divers ouvrages,d'autres chantant, ou jouant de quelques inſtrumens de muſique. Plus loin,à Pentrée de la chambre même du Roi, nous trouvàmes fix autres femmes,qui faiſoient Poffice de nos Huiſſiers de la chambre, avec des maſſes d'ar-
ent. Elles nous ouvrirent la porte. Nos yeux tomberent d'abord fur lehenr& ſur quelques Vieillards qu'il avoit autour de lui. II Stoit aſſis ſurun Tröne de huit degrés, en forme d'autel, couvert d'un dais ſoütenu pardes colomnes. Le Trône& les colomnes étoient revétus de plaques d'or.Six petits enfans, à genoux prés de lui, tenoient des ſceptres à la main.Un peu plus loin une femme àgée, qui avoit un gros chapelet au cou, ra-fraichiſſfoit air de ſon éventalſ. Pluſieurs autres femmes, mais plus jeu-nes, qui étoient répandues dans la chambre, jouoient de certains inſtru-
mens, ab ſon deſquels elles faiſoient chanter de petites filles(n).LE
(1) On croit devoir conſerver cette de- Chaque Souverain de„'Orient a le ſien.ſcription, en faveur de ſa ſingularité.(n) Pag. 622.(m) Xinarau& Prechau font des titres.