ACXINDES ORIENTALES, Lrv. II. 413
ment terminée,& qu'il s'toit retiré depuis un mois à Fanaugrem, pour y Mrunzzprendre le plaifir de la chaſſe, dans le deſſein d'aller paſſer IThiver à Man- PINTo.guay, Capitale de ſon Empire. Cet avis leur fit prendre la réſolution d'en-
voyer les Barques à Uzanguay, tandis qu'avec une ſuite peu nombreuſe, ils
iroient rendre leurs premiers devoirs au Roi. Nous fümes nommés pour
les accompagner.
Or employa treize jours à faire quatre-vingt-ſix lieues, au travers de Route juf-
pluſieurs montagnes, où les chemins étoient fort difficiles,& d'où nous E“deſcendimes dans un grand Village, nommé Taraudachu, ſur le bord d'une 58Riviére. De-là, nous nous rendimes le lendemain à Lindau Pano, dont leGouverneur, parent de Ambaſſadeur Cochinchinois, étoit arrivé depuisquelques jours de Fanaugrem, qui n'en eſt qu'à quinze lieues. Il lui ap- Une fille deprit que pendant le ſéjour qu'il avoit fait à la Cour du Kham, ſa fille, a- ürehrenyant perdu ſon mari, s'Stoit jettée dans le bucher qu'on avoit allumé pour opmobg ſeh—lui,& qu'elle y avoit fini genéreuſement ſes jours. Loin de pleurer ſa mort, bruͤle avecFAmbaſſadeur levant les yeux vers le Ciel,„ la félicita de ſon courage,& ſon mari.„ ſe félicita lui-meme d avoir une fille au ſéjour du bonheur& de la fain-„ teté. II lui promit folemnellement de lui faire bãtir un Temple ſi magni-„ fique, qu'il lui prendroit envie de quitter le Ciel pour le venir habiter“.Enſuite s'étant proſterné, le viſage contre terre, il attendit dans cette ſi-tuartion la viſite des Religieux du Pays, qui vinrent Fafſurer que ſa filleEStoit Sainte,& lui accorder la permüffion d'glever une ſtatue d'argent àſon homneur. Ces diſcours le flatterent ſi ſenſiblement, qu'il leur temoignaſa reconnoiſſance par de grandes libéralités. Nous afſiſtämes aux cérémo-nies funébres par leſquelles il ſatisfit ſa tendreſſe.
LE lendemain, nous nous rendimes dans un Monaſtére nommé Latipa- Envtrée de
rau, c'eſt-à-dire, Remòde des Pauvres, où les deux Ambaſſadeurs, qui a- Ambaſla.voient déja fait avertir le Roi de leur arrivée, ſe propoſoient d'attendre ſesordres. Ce Prince leur fit dire de s'avancer juſqu à la Ville d'Agimpur, quu 8-meſt pas à plus d'une lieue de Fanaugrem;& trois jours aprés, il envoyaau-devant de FAmbafſadeur Tartare, un Prince nommé Paſilau-Vacam, pro-che parent de la Reine. Nous admirames la magnificence de ſon cortége.II Etoit monté fur un chariot qui avoit trois roues de chaque cõôte, garni deplaques d'argent,& tiré par quatre chevaux blancs, dont les harnois é-toient enrichis d'une épaiſſe broderie d'or. Soixante Valets de pied, quiFenvironnoient en deux files, avoient des habits de cuir verd,& des ci-meterres dont les fourreaux étoient couverts de plaques d'or. Iis cétoientaccompagnés de douze Iuiſſiers, portant leurs maſſes. Ces deux files é-toient ſuivies d'une autre troupe, armée de hallebardes.& de cimeterresgarnis d'argent,& vétue de ſoye verre& griſe. Quatre-vingt éléphans,richement équipés, ſuivoient cêtte garde, avec de perits chäreaux d argentſur le dos,& pluſieurs cloches du meme metal qui leur pendoieht aurourdu cou. IIs étoient précédés de pluſieurs Officiers à cheval;& de douzechariots, cquverts de houfſes de ſoye. Les Muliciens, qui étoient melésen grand nombre dans cette marche, avoient des tymbales& d'autres in-ſtrumens d'argent.
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