MeRNDIEZPINToO.L'Auteur&
ſes Compa-
gnons ob
tiennent la li-
berté de s'em-
barquer.
Richeſſesqu'ils admi-rent.
Ils arriventà PIſle deSancian.
Querellesentre les huitPortugais.
418 VOYAGES DE MENDEZ PINTO
PENDANT un moöis entier, que nous paſſàmes dans cette Ville, nousfümes témoins de quantité de fêtes. Mais ces réjouiſſances barbares,&les offres par leſquelles on s'efforga de nous retenir au ſervice de la Cour(q),ne nous firent pas manquer l'occaſion d'un Vaiſſeau qui partoit pour les Cô-tes de la Chine, d'où nous comptions de pouvoir retourner facilement àMalaca. Nous mimes à la voile le 12 de Janvier 1546, avec une extré-me ſatisfaction d'etre échappés à de ſi longues infortunes. Le Necoda, oule Capitaine de nêtre bord, avoit ordre de nous traiter humainement& defavoriſer toutes nos vües. II employa ſept jours à ſortir de la Riviere, quia plus d'une lieue de largeur,& qui s'allonge par un grand nombre de dé-tours. Nous obſervâmes, ſur les deux bords de cette Riviere, quantitéde grands Bourgs& pluſieurs belles Villes. La ſomptuoſité des Edifices,ſur-tout celle des Temples, dont les clochers étoient couverts d'or,& lamultitude des Vaiſſeaux& des Barques, qui paroiſſoient chargẽés de toutes ſor-tes de proviſions& de marchandiſes, nous donnèrent une haute idée de Popu-lence du Pays. Dans une grande& belle Ville, nommée Quangeparu, oùle Necoda fut arréêté douze jours par ſon Commerce, il trouva fur ſes per-les un profit de quatorze pour un:& l'on nous aſſura que des ſeules minesd'argent de ce Canton, le Roi tiroit un revenu annuel de quinze censPicos, qui montent à quatre mille de nos quintaux. Quangeparu n'avoit,pour toutes fortifications, qu'une foible muraille de brique,& un foſſéljarge de ſix braſſes, ſans aucune artillerie pour ſa défenſe. Cinq censPortugais bien réſolus auroient fait paſſer aiſément tant de richeſſes à Lis-bonne(v).
Nous ſortimes enfin de la Rivière;& treize jours de navigation nousfirent arriver à l'Ifle de Sancian, où les Vaiſſeaux de Malaca relachoientſouvent dans leur paſſage. Mais les derniers étoient partis depuis neufjours. I! nous reſtoit quelque eſpérance, dans le Port de Lampacau, quin'eſt que ſept lieues plus loin. Nous y trouvâmes en effet deux JonquesMalayennes, l'une de Lugor& F'autre de Patane, diſpofées toutes deux ànous prendre à bord: mais„ nous étions Portugais, cC'eſt-à-dire, d'une„ Nation, dont le vice eſt d'abonder dans ſon ſens,& d'être obſtinée dans„ ſes opinions. Nos avis furent ſi partagés, lorſqu’il étoit ſi néceſſaire„ pour nous d'étre unis, que dans ſa chaleur de cette contrarieté nous„ faillimes de nous entretuer. Le détail de nôtre querelle ſeroit honteux.„ J'ajodterai ſeulement que le Necoda d-Uzanguay, frappé de cet ex-„ Céès de barbarie, nous quitta fort indigné, ſans vouloir ſe charger de„ nos meſſages ni de nos lettres,& proteſtant qu'il aimoit beaucoup miĩeux„ que le Roi lui fit trancher la téte, que d'offenſer le Ciel par le moindre„ commerce avec nous. Nôtre mauvaiſe intelligence dura neuf jours,„ pendant leſquels les deux Jonques, auſſi effrayées que le Necoda, par-„ tirent aprés avoir retracté leurs offres(5)“.
NôöTRE ſort fut de demeurer dans un lieu déſert, où le ſentiment d'unemiſere préſente& la vüe d'une infinité de dangers eurent enfin le sbe
e
(4) L'Auteur ne dit rien de ces offres.(r) Pag. 629& précédentes:.d. E.(4) Pag. 630.