AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 41¹9
de nous faire ouvrir les yeux ſur nôtre folie. Dix-ſept jours, que nous a-vions déja paſſés ſans ſecours, commengoient à nous faire regarder cetteIſle comme nôtre tombeau; lorſque la faveur du Ciel y fit aborder un Cor-ſaire, nommé Samipocheca, qui cherchoit une retraite, après avoir éẽté vain-cu par une Flotte Chinoiſe. D'un grand nombre de Vaiſſeaux, il ne lui-en reſtoit que deux, avec leſquels il s'étoit échappé. La plüpart de ſesgens étoient ſi couverts de bleſſures, qu'il fut obligé de s'arréter vingt joursà Lampacau pour les rétablir. Une cruelle néceſſité nous forga de prendreparti à ſon ſervice. II mit cinq d'entre nous dans une de ſes Jonques,&trois dans Pautre.
Sox intention étoit de ſe rendre dans le Port de Lailou, à ſept lieues deChincheo,& quatre-vingt de Lampacau. Nous commengàmes cette rou-te avec un fort bon vent,& nous ſuivimes pendant neuf jours la Cêôte deLamau. Mais, vers la Riviere du Sel, qui eſt à cinq lieues de Chabaquay,nous füũmes attaqués par ſept Jonques, qui dans un combat fort opinidtrebrülerent celle des deux nôtres ouù le Corſaire avoit mis cinq Portugais. Nousne dümes nôtre ſalut nous-méêmes qu’'au ſecours de la nuit& du vent. Ain-ſi, dans le plus triſte état, nous fimes voile devant nous pendant troisjours, à la fin deſquels un impétueux orage nous pouſſa vers l'Ile de Le-quios. Le Corſfaire, qui étoit connu du Roi& des Habitans, remercia leCiel de lui avoir procuré cet azile. Cependant il ne lui fut pas poffibled'y aborder, parce qu il avoit perdu ſon Pilote dans le dernier combat. A-pres vingt trois jours de travail& de dangers, nous fümes jettés dans uneanſe inconnue, où deux petites Barques s'approchéèrent aufſi-tõt de nôtreJonque. Six hommes, qui les montoient, nous demanderent ce qui nousavoit amenés dans leur Ille. Samipocheca les reconnut à leur langage pourdes Japonois;& ſe faiſant paſſer pour un Marchand de la Chine, qui cher-choit Ioccaſion du Commerce, il apprit d'eux que nous étions dans l'Iilede Tanixuma.
ILs nous montrérent, dans l'éloignement, la grande terre du Japon, dontils dépendoient. IIs nous promirent un accueil favorable de leur Seigneur,auquel ils donnoient le titre de Nauraquin;& remarquant le déſordre de nô-tre Jonque, ils nous montrèrent un Port du côté du Sud, ſous une grandeVille qu'ils nommoient Miay-gima. Nous étions preſſés par tant de beſoins,que nous levàmes auſſi-tét Pancre pour ſuivre leurs informations. Nötrearrivée fut remarquee par quantité d'autres Barques, qui nous apportèrentdes rafratchiſſemens. L. e Corſaire ne prit rien ſans en compter le prix. A-vant la fin du jour, le Nautaquin, ou le Prince de'IHle, vint à bord dene-tre Tonque, avec quantité de Marchands& d' Officiers, qui apportoient descaiſſes pleines de lingots d'argent, pour nous propoſer des échanges. IIsne s'approcherent qu'aprés s'tre aſfurés de la bonne-foi du Capitaine; maisdevenant bien-tot libres& familiers, ils diſtinguerent le viſage des Portu-gais de celui des Chinois;& le Nautaquin demanda curieuſement qui nousStions. Samipocheca lui répondit que nous étions d'un Pays qui ſe nom-moit Malaca, où nous étions venus, depuis pluſieurs années, d'un autre Paysnommè Portugal, dont le Roi, ſuivant nos récits, avoit fon Empire à'ex-trémité du Monde. Ce diſcours parut cauſer beaucoup d'étonnement au
Ggg 2 Nau-
MzNpzzPINTo.
IIs s'enga-gent avec unCorſaire.
Cinq deshuit Portu-gais périſſent
L'Auteureſt jetté dans'Iſle de Ta-nixuma.