ManpEzPINToO.
Faveur queles Portugaisy trouvent.
Fables quien impoſentaux Japonois.
4²⁰ VOYAGES DE MENDEZ PINTO
Nautaquin. II ſe tourna vers ſes gens:„ Je ſuis trompé, leur dit-il, ſi ces„ Etrangers ne ſont pas les Chinchi-cogins, dont il eſt écrit dans nos Livres,„ que volant par-deſſus les eaux, ils ſubjugueront les Terres oùð Dieu a créeé3 les richeſſes du Monde. Nous ſommes heureux s'’'ils viennent parmi„ nous à titre d'amis“. Laà-deſſus, il fit demander au Necoda, par unefemme de Lequios, qui lui ſervoit d' Interpréte, dans quel lieu il nous avoittrouvés,& ſous quel titre il nous amenoit au Japon? Le Necoda réponditque nous étions d'honnétes Marchands, qu'il avoit trouvés à Lampecau,où nous nous étions briſés,& qus la pitié lui avoit fait prendre ſur ſon bord.Ce témoignage parut ſuffire au Nautcaquin. II ſe fit donner un ſiège, ſurlequel il S'aſſit prês du pont;& la curioſité devenant ſa paſſion la plus vi-ve, il nous fit quantité de queſtions, avec beaucoup d'empreſſement pourentendre nos réponſes. En nous quittant, il nous propoſa de lui faire quel-que Relation de ce grand Monde ouù nous avions voyagé; marchandiſe,nous dit-il, qu'il acheteroit plus volontiers que celles de nôtre VaiſſeauLe lendemain, à la pointe du jour, il nous envoya une petite Barque, rem-plie de toutes ſortes de rafraichiſſemens, pour leſquels nôtre Capitaine luifit porter quelques pièces d'étoffe, avec promeſſe de deſcendre au rivage&de lui mener ſes trois Portugais.
Novs nous appergmes effectivement que cette avanture nous attiroitplus de conſidération des Chinois, qui ne penſoient qu'à profiter de l'occa-ſion pour réparer leur Vaiſſeau,& pour ſe défaire avantageuſement de leursmarchandiſes. IIs nous prierent d'entretenir le Nautaquin dans vopinionqu'il avoit de nous. Leurs bienfaits devoient répondre à nos ſervices.Nous deſcendimes avec le Necoda& douze de ſes gens. Laccueil quenous regümes, augmenta bcaucoup leurs eſpérances. Tandis que les prin-cipaux Marchands du Pays traitoient avec eux pour leurs marchandiſes, le
Tautaquin nous prit dans ſa maiſon,& recommenga fort curicuſement ànous interroger fur tout ce que nous avions obſervé dans nos Voyages-.Nous nous étions préparés à ſatisfaire ſon goũt, ſuivant le tour de ſes de-mandes, plutêt qu'à nous aſſujettir fidelement à la vérité(t). Ainſi, lorſ-qu'il voulut ſavoir s'il étoit vrai, comme il l'avoit appris des Chinois& desLequiens, que le Portugal étoit beaucoup plus riche& plus grand que l'Em-pire de la Chine, nous lui accordàmes cette ſuppoſition. Lorfqu il nousdemanda ſi le Roi de Portugal avoit conquis la plus grande partie du Mon-de, comme on Fen avoit aſſuré, nous le confirmaàmes dans une idée ſi glo-rieuſe pour nôtre Nation. Il nous dit auſſi que le Roi nòõtre mattre avoith réeputation d'etre ſi riche en or, qu'on lui attribuoit deux mille maiſons,qui en étoient remplies juſqu'au toit. A cette folle imaginarion, nous ré-pondimes que nous ne ſavions pas exactement le nombre des maiſons, par-ceque le Royaume de Portugal étoit ſi grand, ſi riche& ſi peuplé, que ledénombrement de ſes tréſors& de ſes Habitans étoit impoſſible. Apréèsdeux heures d'un entretien de cette nature, le Nautaquin ſe tourna vers ſesgens,& leur dit avec admiration„ Aſſurément aucun des Rois que nous„ connoiſſons ſur la Terre, ne doit s'eſtimer heureux, s'il n'eſt vaſſal d'un
„ auſſi-(t) Pag. 656& précédentes.