MeNpEzPrINTo.
Le Roi deBungo faitdemander unPortugais auNautaquin.
4²² VOYAGES DE MENDEZ PINTO
„ qhonorer ce Cbenchicogin du bout du Monde, parceque dès aujourd'hui„& pour Pavenir, il le fait ſon parent, comme les Jacharons qui ſont aſſis„ prés de ſa perſonne:& quiconque refuſera d'obéir à cet ordre, ſera con-damné à perdre la téte(2).
IE demeurai aſfez loin par derrière, avec Chriſtophe Borralho, qui étoitle troiſieme Portugais, tous deux dans la ſurpriſe d'un événement ſi ſingu-lier. Le Nautaquin, étant arrivé au Palais, prit Zeimoto par la main, leconduiſit dans ſa chambre, le fit aſſeoir à ſa table;& pour comble d'hon-neur, il ordonna que la nuit ſuivante on le fit coucher dans un appartementvoiſin du ſien. Nous participaàmes à cette faveur par les careſſes& les bien-faits que nous regmes auſſi du Prince& des Habitans.
ZEIMoOTo crut ne pouvoir mieux s'acquitter d'une partie de ces diſtinc-tions, qu’en faiſant préſent de ſon arquebuſe au Nautaquin(4). I choiſit,pour ce témoignage de reconnoiſſance, un jour qu'il revenoit de la chaſſe,après avoir tué quantité de colombes& de tourterelles, qu'il lui offrit avecPinſtrument qui lui donnoit cet empire ſur leur vie. Le Prince lui fitcompter fur le champ mille taels; mais il le pria de lui apprendre à fairede la poudre, ſans quoi l'arquebuſe n'étoit qu'une piece de fer inutile(5).
Novs avions déja paſſé vingt-trois jours dans'Iſle de Tanixuma, lorſ-qu'on avertit le Nautaquin de Farrivée d'un Vaiſſeau du Roi de Bungo, quiapportoit avec pluſieurs Marchands, un Vieillard reſpectable, auquel il ſehata de donner audience. Nous étions préſens à cette cérémonie. LeVieillard s'étant mis à genoux devant lui, avec quelques diſcours que nousne pümes entendre, lui offrit une Lettre& un coutelas garni d'or. Lalecture de cette Lettre parut cauſer quelque embarras au Nautaquin. Aprèesavoir congédié celui qui l'avoit apportée, il nous fit approcher de lui:„ Mes bons amis, nous dit-il, par la bouche de ſon Interpréte, je vous„ prie d'écouter le contenu de cette Lettre, que je regois du Roi de Bun-„ 80, mon Seigneur& mon Oncle. Je vous expliquerai enfuite ce que je
„ dé-
(z) Pag. 639& 640.a) Ibidem.
8 II n'eſt pas trop vraiſemblable queles Jjaponois ignoraſſent du moins l'inventionde la poudre, qui étoit connue à la Chine,avec laquelle ils n'étoient pas ſans Commer-ce. Pinto dit cependant que Zeimoto leuren apprit la compoſition. A l’'égard de l'ar-quebuſe, cet Auteur ajoùũte un éclairciſſementcurieux:„ Comme le Nautaquin, dit-il, en„ faiſoit tout ſon amuſement, ſes Sujets„ cherchant à lui plaire, prirent modèle de„ Celle-ci pour en faire pluſieurs autres,&„ réüſſirent avec tant d'induſtrie, qu'à no-tre départ, c'eſt-à-dire, cinq mois& demi„ aprés, il s'en trouva plus de ſix cens dans„ le Pays. Bien plus, en l'année 1556, lorſ-„ que le Viceroi Dom Alphonſe de Morron-„ ba, m'envoya au Japon, avec un préſent„ Pour le Roi de Bungo, les Japonois m'aſ-
„
„ ſurèrent qu'à Fucbeo, Capitale de ce Ro-„ yaume, il y en avoit plus de trente mille.„ Je fus étonné que cette invention püt s'é-„ tre multipliée juſqu'à ce point: mais j'ap-„ pris de quelques Marchands, gens d'hon-„ neur& de qualité, que dans toute l'Ifle du„ Japon il y en avoit plus de trois cens„ mille,& qu'eux-mêmes en avoient tranſ-„ porté, en marchandiſe, au Pays des Le-„ quiens, juſqu'au nombre de vingt- cinq„ mille. Ainſi l'arquebuſe, dont Zeimoto fit„ préſent au Nautaquin des Tanixuma, en a„ produit une ſi grande abondance, au Ja-„ pon, qu'’il n'y a point aujourd'hui de Ha-„ meau qui n'en ait plus de cent, ni de Vil-„ les qui n'en ayent à milliers. On peut ju-„ ger par-là de l'induſtrie de ce Peuple,&„ Combien il a de goùũt pour les armes“‧,Pag. 641& 642.
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