AUX INDES ORIENTALES, Lrv. II. 4²3
„ déſire de vous. LInterpréte nous fit entendre qu'Orgendono, Roi deBungo& de Facata, marquoit à Hiaſcaran-goao, Nautaquin de Tanixuma,ſon Gendre& ſon Neveu, qu’ayant appris, depuis peu de jours, qu' il avoitdans ſon Ifle trois Chinchicogins, venus du bout du Monde, gens de méri-te& d'honneur, qui lui avoient parlé d'un autre Monde, plus grand quecelui qu'on connoiſſoit au Japon,& peuplé d'une race d'hommes dont ilslui avoient raconté des choſes incroyables, il le prioit très- inſtamment delui envoyer un de ces trois Etrangers, pour le conſoler dans les douleursd'une longue maladie. II ajo0toit que ſi nôtre inclination ne nous portoitpoint à ce Voyage, il s'engageoit à nous renvoyer en ſureté, lorſque nouscommencerions à nous ennuyer dans ſa Cour.
LE Nautaquim nous dit, après cette explication, que le Roi de Bungoétoit non-ſeulement ſon Oncle maternel, mais ſon Pêre même, parcequ'ilFétoit de ſa femme,& que dans la paſſion qu'il avoit de l'obliger, il conju-roit Pun de nous d'entreprendre un Voyage court& peu pénible; mais qu'ilne ſouhaitoit pas que ce ft Zeimoto, qu'il avoit adopté pour ſon parent,& dont P'éloignement le chagrineroit beaucoup, avant qu'il eũt appris de luià tirer parfaitement de larquebuſe. Une invitation ſi douce& ſi polie,nous pénétra de reconnoiſfance, Borralho& moi. Nous lui abandonnàmesle choix de celui des deux qu'il jugeoit le plus convenable à ſes vles. IIne ſe détermina pas tout d'un coup: mais après quelques momens de réfle-xion, il me nomma, comme le plus gai,& par conſéquent le plus propreau commerce des Japonois, qui ont naturellement'humeur vive.„ Bor-„ ralho, nous dit-il, avec la même civilité, plus ſérieux& plus tourné par„ la Nature aux affaires graves, entretiendroit la mélancolie du Malade au-„ lieu de la diſſiper“.
IL me donna au Vieillard, qui attendoit ſa réeponſe. Apres lui avoir re-commandé dans les termes les plus affectueux, de veiller ſans ceſſe à ma ſan-té, il me fit compter deux cens taels, pour les beſoins particuliers de monVoyage. Nous nous mêimes le Vieillard& moi, dans une Barque à rames,qui nous fit doubler pendant la nuit toute'Ifle de Tanixuma. Le matin,nous allàmes mouiller dans un Port nommé Hiamango, d'où nous nous avan-gçames à Quanquixuma, Ville aſſez conſidérable. De-là, nous étant ren-dus le jour d'apréès à Tanora, nous arrivàmes le lendemain à Minato,& de-là à Fiunga. Enfin nous deſcendimes dans une Fortereſſe qui ſe nomme O/qui, à fix lieues de la Ville. Mon Guide, qui s'appelloit Fingeandono(c),sy arréta quelques jours,& nous y laiſſames ntre Barque, pour nous ren-dre par terre à la Cour. Nous y arrivàmes à midi. Cette heure, qui nenous permettoit pas de parottre au Palais, obligea Fingeandono de deſcen-dre dans ſa maiſon, ouù je fus traité de ſa femme& de ſes enfans, avec tou-tes ſortes de careſſes. Vers le ſoir, il me conduiſit à laudience du Roi,qui nous fit recevoir, à la porte du Palais, par le Prince ſon fils, àgé deneuf ou dix ans,& précédé de quelques Huiſſters avec leurs maſſes. Ce jeu-ne Prince nous fit un compliment, qu'on prit ſoin de m'expliquer, pour mefaire connoftre avec quelle impatience j'etois attendu.
Novs
(c) II paroit que c'Ctoit plutét ſon titre. R. d. E.
MERDEZPINrToO.
Le choixtombe ſurl'Auteur.
II ſe rend àBungo.