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Tome douzième.
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MENDEZ

PINTO.

Dans quelétat il trouvele Roi.

Son embar.

r

Commentil le répare.

L'Auteurguérit le Roide Bungo detoutes ſes ma-ladies.

Son adreſſeſontient ſoncrédit.

VOYAGES DE MENDEZ PINTO

4²4

Nous trouvâmes le Roi au lit. Fingeandono s'en étant approché pourlui rendre la Lettre du Nautaquin, eut avec lui quelques momens d'entre-tien, aprées lequel il me fit ſigne d'avancer. Le Roi me dit d'un air& d'unton fort doux:„ Ton arrivée ne m'eſt pas moins agréable que la pluye qui„ tombe du Ciel eſt utile à nos campagnes ſemées de riz“. On m'expli-qua ces termes;& leur nouveauté m'ayant cauſé de l'embarras, je demeu-rai quelques momens ſans réponſe. Le Roi, regardant les Seigneurs qui é-toient autour de lui, leur dit:„ Qu'il me croyoit effrayé par la vüle de ſa„ Cour; que je n'étois pas accoutumé à ce ſpectacle,& qu'il falloit me„ laiſſer le tems de m'apprivoiſer“. Un excellent Interpréte que j'avoisregu du Nautaquin, me fit comprendre aufſi-tõt le jugement qu'on portoitde moi. jJe rappellai toutes les forces de mon eſprit pour raſſembler un tasde figures Aſiatiques,& de comparaiſons, où tous les animaux faiſoientleur rolle, depuis'éléphant juſqu'à la fourmi. Peut-être mon Interpréte yjoignit-il ſes propres idées: mais tous les Courtiſans marquérent tant d'ad-miration pour cette ridicule harangue, que battant des mains à la vüe duRoi, ils dirent à ce Prince„ qu'on n'avoit jamais parlé avec une éloquence„ plus noble; qu'il n'y avoit pas d'apparence que je fuſſe un Marchand,„ dont les notions ſe renferment dans les affaires du Commerce, mais plu-„ tôt un Bonze, qui adminiſtroit les ſacrifices au Peuple, ou du moins quel-„ que grand Capitaine qui avoit couru long-tems les Mers“. Le Roi pa-rut ſi ſatisfait, qu'en impoſant ſilence à tout le monde,& déclarant qu’'ilvouloit être ſeul à m'interroger, il aſſura qu'’il ne ſentoit plus aucune dou-leur. La Reine& les Princeſſes ſes filles, qui étoient aſſiſes près du litroyal, ſe mirent à genoux pour exprimer leur ſatisfaction. Elles remerciè-rent le Ciel, en y levant les mains& les yeux, des graces qu'il accordoitau Royaume de Bungo(4).

ALoRs le Roi m'ayant fait placer plus proche de ſa téte, me pria de nepas m'ennuyer de cette ſituation, parcequ'il ſouhaitoit de me voir& de meparler ſouvent. Il me demanda ſi dans mon Pays, ou dans mes Voyages,je n'avois pas appris quelque remêde pour ſa maladie, ſur-tout ſur un fà-cheux dégo0t de toutes ſortes de nourriture, qui ne lui avoit pas permis demanger depuis deux mois. Je me ſouvins que dans la Jonque ou j'étois ar-rivé à Tanixuma, j'avois vü guérir diverſes maladies par l'infuſion d'un cer-tain bois, dont j'avois admiré la vertu. Ce ſecours que je lui propoſai,&qu'il envoya demander ſur le champ au Nautaquin, répondit ſi parfaitementà mes eſpérances, que dans l'eſpace de trente jours, il fut guéri de tous ſesmaux, dont le principal étoit une eſpèce de paralyſie, qui lui Ötoit depuisdeux ans le mouvement des bras(e)). Apreés un ſervice de cette importan-ce, je me vis preſqu'au même degré de faveur, dans cette Cour, que Zei-moto à celle du Nautaquin. Mon ſeul embarras étoit de répondre à millequeſtions bizarres qu'on me propoſoit continuellement: mais j'étois ſoulagépar la facilité avec laquelle on ſe contentoit de mes plus frivoles explica-tions. j'employois le reſte du tems à m'inſtruire des uſages du Pays, ,8

iter

(4) Pag. 649& précédentes. noitre ce bois précieux. C'Ctoit apparem-(e) Pinto auroit bien dü faire mieux con- ment du Calamba. R. d. E.