MrENDEZPINTO.
Gumbin.
Ville de Ca-tammas.
Riche Con-
troe.
Pagode deTinagogo&Hôpital deChipanocam.
450 VOYAGES DE MENDEZ PINTO
de vingt braſſes de fond, avec des courans ſi impétueux, qu'ils retardoientſouvent nôtre route. Nous ſuivimes ſes bords pendant ſept jours, apréesleſquels nous arrivàmes devant Gumbin, petite Ville bien fermée, qui ap-partient au Royaume de Jangoma,& qui eſt environnée, à cinq ou ſixlieues de diſtance, de forêts qui produiſent du benjoin,& de plaines d'oùVon tire de la lacque. Auſſi ce Commerce y améne-t'il quantité de Vaiſſeaux,qui partent chargés pour diverſes Contrées des Indes,& pour la Mecque,Alcoſſer& Gedda. On trouve dans la même Ville quantité de muſe, beau-coup meilleur que celui de la Chine, qui ſe tranſporte à Martaban& à Pe-gu, où les Portugais vont le prendre pour Narſingue, Orixa& Maſulipa-tan. Les femmes du Pays ſont blanches& fort bien faites. Elles portentdes robbes de ſoye& de coton, des chainons d'or& d'argent aux pieds,& de gros carquans au cou. Le terroir eſt d'une fertilité admirable en blé,en riz, en beſtiaux, mais ſur-tout en ſucre, en miel& en cire. Gum-bin, avec le Pays d'alentour, qui eſt d'environ dix lieues de circuit, rendchaque année, au Roi de Jangoma, ſoixante mille alcas d'or, qui font ſeptcens huit mille ducats de notre monnoye(1).
DE-LX nous continuâmes de fuivre la rive au Sud, Feſpace de ſept au-tres jours,& nous arrivàmes devant une grande Ville nomméè Catammas,du Domaine de Raudiva de Tinhau, ſecond fils du Calaminham. Le jour d'a-pres, nous rencontraàmes vers le ſoir une Fortereſſe, nommée Campalagor,batie en forme d'Ifle, au milieu de la Rivière,& revéêtue de groſſes pierresde taille, avec trois boulevards& deux tours de ſept étages. On dit àPAmbafſadeur, que ces tours contenoient un des vingt-quatre tréſors que leCalaminham avoit formés dans divers endroits de ſes Etats, la plüpart enlingots d'argent, qu'on faiſoit monter à ſix mille caudins, ou vingt-quatremille quintaux(m). Pendant les treize jours ſuivans, nous découvrimes,des deux côtés de la Rivière, pluſieurs grandes Villes& de fort beaux jar-dins, des bois de haute futaye, des plaines fertiles,& quantité de beſtiaux.La Rivière mêeme offroit un grand nombre de Barques, où l'on vendoit enabondance toutes les productions de cette riche Contrée. Mais, PAmbaſ-ſadeur étant tombé malade, on lui conſeilla d'interrompre le Voyage pourſe faire guérir. Quelques Habitans du Pays lui parlerent d'un fameux Hô-pital, nommé Tinagogo, qui n'toit éloigné que d'environ douze lieues, oùles Princes& les Seigneurs alloient ſe faire traiter de toutes leurs maladies,par la confiance qu'ils avoient à l'habileté des Préêtres. II prit la réſolutionde s'y rendre avec une petite partie de ſa ſuite, autant pour farisfaire ſacurioſité, que pour aſſurer ſa gugriſon.
TINAGOGo fignifie Dieu des mille Dieuxv. C'étoit moins un Hoôpital,qu'une magnifique Pagode, dédiéé à la Divinité de ce nom. Mais les Prê-tres, qui étoient en grand nombre, avoient ſous leur direction un Hôpitalvoiĩſin, nommé Chipanocam,& compoſé de quarante-deux corps de Bati-mens, où les Grands& le Peuple étoient regus, dans leurs maladies, aveodes diſtinctions& des ſoins proportionnés à leur condition. LAmbaſſadeuradmira l'ordre& l'abondance qui réegnoient dans ce lieu. Il'ne manqua rien
aux
(1¹) Pag, 776& précédentes.(m) Pag. 7772