MENDEZPINToO.
Pinto viſitele Temple,un jour defête, avecPAmbaſſa-deur.
Balancespour la ré-miſſion despéchés.
Offrandedes cheveux.
Autres ac-compagne-mens duTemple.
ſon de'Ambaſſadeur, nous l'accompagnaàmes au Temple, pun vœu qu'il avoit fait dans ſa maladie. C'toit le troiſiéme jour d'un fa-crifice, qui ſe célébroit à la nouvelle Lune de Décembre. II attendit quela preſſe fũt diminuée,& nous montàmes avec lui ſur la colline. On yvoyoit, dans ſix belles& longues rues, une infinité de balances, ſuſpen-dues à des verges de bronze, où ſe faiſoient peſer les dévots pour la rémiſ-ſion de leurs Péchés;& le contrepoids que chacun mettoit dans la balance,Stoit conforme à la qualité de ſes fautes. Ainſi ceux qui ſe reprochoientde la gourmandiſe, ou d'avoir paſſé année ſans aucune abſtinence, ſe pe-ſoient avec du miel, du ſucre, des œufs& du beurre. Ceux qui s'étoientlivrés aux plaiſirs ſenſuels, ſe peſoient avec du coton, de la plume, dudrap, des parfums& du vin. Ceux qui avoient eu peu de charité pour lesPauvres, ſe peſoient avec des piéces de monnoye; les Pareſſeux, avec dubois, du riz, du charbon, des beſtiaux& des fruits; les Orgueilleux, avecdu poiſſon ſec, des balais,& de la fiente de vache,&. Ces aumônes,qui tournoient au profit des Prêtres, étoient en ſi grand nombre, qu'on lesvoyoit raſſemblées en piles. Les Pauvres, qui m'avoient rien à donner,offroient leurs propres cheveux;& plus de cent Prêtres étoient afſis, avecdes cizeaux à la main, pour les couper. De ces cheveux, dont on voyoitauſſi de grands monceaux, plus de mille Prêtres, rangés en ordre, faiſolentdes cordons, des treſfes, des bagues& des braſſelets, que les dévots ache-toient, pour les emporter comme de précieux gages de la faveur du Ciel-.L'Ambaffadeur étonné de tout ce qu'il voyoit dans ce lieu, fit diverſesqueſtions, auxquelles on répondit ſans aucune marque d'embarras. On l'aſ-ſura particuliérement que des ſeuls cheveux des Pauvres, on tiroit chaqueannée plus de cent mille pardains, qui font quatre-vingt dix mille ducats denôtre monnoye(p).
Du quartier des balances, nous paſfaàmes ſucceſſivement dans ceux desſacrifices, des aumônes, des danſes, des comédies, des luttes,& des con-certs de toutes ſortes d'inſtrumens. Enfin nous arrivàmes au Temple, a-
près
452 VOYAGES DE MENDEZ dnarLaccomplir
„ prês avoir ſalué l'Idole qui étoit au plus„ chair,& les tenoient en haut, les mom-„ haut du chariot, ils ſe laiſſoient cheoir par„trant au bout d'une fléche,& diſant qu'ils„ terre, ſi bien que les roues venant à paſ-„en faiſoient préſent à Dieu pour l'ame de„ſer ſur eux les écarteloient:& les aſſiſtans„ leur pêre, de leur femme& de leurs en-ſe mettoient à crier enſemble; Mon ame„ fans, ou de la perſonne à l'intention de„ ſoit unie à la tienne. Arl'heure même, les„laquelle ils faiſoient cette belle aumòne.„Prétres deſcendoient du chariot, prenoient„Au même lieu où venoit à cheoir ce mor-„ Ces bienheureux, ou plutôt ces miſérables,„ceau de chair, il y accouroit tant de gens„ qui venoient de s'immoler ainſi,& en„ pour le prendre, qu'il y en avoit quelque-„ mettoient la téte, les boyaux,& les au-„ fois pluſieurs d'étouffés; car ils tenoient„ tres membres ainſi froiſſeés, dans de gran-„ celà pour une très-grande relique. Ceux„ des jattes,& les montroient enſuite au„ qui mouroient, noyés dans leur fang, ſans„ Peuple, du haut du chariot, avec des ex.„nez, ſans oreilles& fans autres membres„ hortations à leur maniere.. Après„ qu’'ils s'étoient coupés, les Prétres leurceux-ci ſuivoient d'autres Martyrs du Dia-„tranchoient la téte en diligence& la mon-„ ble, qu'ils appelloient Xixaporas, qui ſe„ troient au Peuple, qui ſe mettoit à ge-„ découpoient ſi impitoyablement à grands„ noux,& prioit les mains levées 9. Pag.coups de raſoirs, qu'on ne pouvoit croire 777 F 728.
qu'ils ne fuſſent comme inſenſibles. Ils(p) Pag. 793& précédentes.
tranchoient de grands morceaux de leur
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