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Tome douzième.
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AUX INDES ORIENTALES, Lnrv. II. 453

près avoir eu beaucoup de peine à percer la foule. II étoit orné d'une infi-nité de cierges de cire, à dix ou douze lumignons, dans de grands chande-liers d'argent. On y braloit, de toutes parts, des parfums d'aloës& debenjoin. L'Idole, que je n'avois pas encore vũe de ſi près, étoit dans unerichie tribune en forme d' autel, environnée de pluſieurs enfans vétus de vio-let, qui ne ceſſoient pas de l'encenſer au ſon des inſtrumens. Sa hauteurétoit d'environ douze pieds. Elle avoit le viſage fort large, les cheveuxd'un Néegre, les narines trêès-difformes, les lêevres groſſes,& P'air triſteou chagrin. Sa main étoit armée d'une hache à deux tétes. On apportoitcontinuellement, dans de grands baſſins, qui étoient au pied de la tribune,toutes ſortes de richeſſes en aumône; de l'or, de Targent, des diamans,des perles& des piêces de ſoye().

APRRs avoir accompli ſon vœu, PAmbaſſadeur ſe fit conduire aux grot-tes des Hermites ou des Pénitens, qui étoient au fond d'un bois, à quelquediſtance de la colline du Temple. Elles étoient taillées dans le roc, à poin-te de marteau,& toutes par ordre, avec tant d'habileté qu'elles ſembloientouvrage de la Nature plutêt que de la main des hommes. Nous en comp-taàmes cent quarante-deux. Les Hermites, qui habitoient les premieres,avoient de longues robbes, à la manière des Bonzes du Japon,& fuivoientla Loi d'une Divinité, qui ayant paſſé autrefois par la condition humaine,ſous le nom de Situmpor Michay, avoit ordonné pendant ſa vie, à ſes Sec-tateurs, de pratiquer de grandes auſtéritées. On nous dit que leur ſeulenourriture étoit des herbes cuites& des fruits ſauvages. Dans d'autresgrottes, nous vimes des Sectateurs dAngemacur, Divinité plus auſtére en-core, qui ne vivoient que de mouches, de fourmis, de ſcorpions& d'arai-gnées, aſfaiſonnés d'un jus de certaines herbes. IIs méditent jour& nuit,les yeux levés vers le Ciel,& les deux poings fermês, pour exprimer le mé-pris qu'ils portent aux biens du Monde. D'autres, paſſent leur vie à criernuit& jour, dans les montagnes, Godomem, qui eſt le nom de leur Fonda-teur,& ne ceſſent qu'en perdant haleine par la mort. Enfin ceux qui ſenomment Taxvilacons, s'enferment dans des grottes fort petites;& lorſ-qu'ils croyent avoir achevé le tems de leur pénitence, ils hatent leur morten faiſant brůler des chardons verds& des épines, dont la fumée les é-touffe(r).

APRks nous éEtre raſſaſiés de cette variété d'extravagances, nous quittà-mes Tinagogo pour rentrer dans nos Barques;& continuant de remonterla Riviere pendant treize jours, nous nous trouvàmes le quatorzième, en-tre deux grandes Villes, qui bordent les deux rives. L'une ſe nomme Ma-naveday,& l'autre Singilapau. Dans l'intervalle, la Nature a placé une Hle,ou plutòt un rocher de trente-ſix braſſes de hauteur, ſur lequel on a bàti unpetit Fort, avec neuf boulevards& cinq tours. Une chaine de fer, quis'étend des deux côtés juſqu'aux deux Villes, ferme le paſſage à tous lesVaiſſeaux. Nous approchions ici de la Capitale du Calaminham;& l'Am-baſſadeur, étant deſcendu dans la principale des deux Villes, qui eſt cellede Singilapau, y regut toutes ſortes de civilités du Gouverneur. II y étoit

atten-(4) Pag. 795& 796.(7) Pag. 796.LII 3

MENDEZPINroO.

Grottes desHermites,&leurs diffé-rentes Sectes.

Continua-tion du Voya-ge.

Approchesde la Capi-tale.