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Tome douzième.
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AUXINDESORIENTALES, Lrv. II.

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DEꝝ Pavel, nous deſcendimes, en deux jours, au Village de Luncor, cé-lebre par ſon benjoin, qui ſe tranſporte aux Royaumes de Pegu& de Siam.Enſuite, aprés neuf jours de navigation, pengant leſquels nous vimes ſurles deux rives quantité de belles Villes, nous entràmes dans une autre Ri-viére, nommée Ventrau, ſur laquelle nous continuàmes nòôtre Voyage juf.

que des chevaux, qui ont trois cornes oupointes au milieu de la téte, les piedsgros& courts,& au milieu du dos unrang d'épines, ou d'arétes, dont ils pic-quent quand ils s'irritent;& tout le reſtedu corps eſt celui d'un grand lézard: jointqu'ils ont ſur le col, en lieu de crin,d'autres 6pines beaucoup plus longues&plus groſſes que celles du dos,& dansles jointures des épaules, des ailes cour-tes, en façCon de nageoires de poiſſon,dont ils volent comme en ſautant, de lalongueur de vingt-cinq& trente pas. Cesanimaux s'appellent Banazag, ſur leſquelsces Peuples ſauvages ſe donnent entréedans les terres de ſeurs ennemis, avec quiils ont continuelle guerre. Quelques-unsleur payent tribut de ſel, qui eſt cequ'ils eſtiment le plus, à cauſé de la né-ceſſité qu'ils en ont, pour étre fort éloi-gués de la Mer.

„ Nous parlàmes encore à d'autres Mar-chands, nommés Bumioens, qui habitenten de hautes montagnes, où il y a desmines d'alun,& quantité de paſtel. Decette Nation, nous en vimes une troupequi conduiſoit plus de deux mille bœufs,ſur leſquels ils avoient mis des bats à nô-tre manière,& s'en ſervoient à porter leursmarchandiſes. Ces hommes étoient fortgrands,& avoient les yeux& la barbe àla Chinoiſe. Nous en vimes d'autres auſſi,qui avoient d'aſſez longues barbes, le vi-ſage ſemé de lentilles, les oreilles& lesnarines percées;& dans les trous, de petits fils d'or, faits en agrafes. Ceux-cis'appelloient Gynapbogaos,& leur Provin-ce, Sureboſoy, lefquels, par dedans lesmontagnes de Laubos, ſont bornés duLac de Chiammay:& de ceux-ci, les unsſont vétus de peaux velues,& les autresde cuir bronzé. IIs vont ordinairementpieds nuds& la téte découverte. On nousdit qu'ils avoient de grandes richeſſes,&que tout leur trafic étoit en argent, dontils avoient quantité, Nous parlàmes en-core à une autre ſorte de Marchands—appellés Tuparoens, qui ſont bazanés,grands mangeurs,& fort adonnés aux vo-luptés de la chair. IIs nous firent uneréception bien meilleure que tous les au-

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tres,& nous traitérent en feſtin:& parcequ'un des nôtres, nommé Frangois Temu-dez, leur fit un défi à boire, tenant celàpour un grand affront, ils firent durer lefeſtin plus long-tems, pour recouvrerleur honneur. Mais le Portugais les at-taqua ſi vertement, vingt qu'ils étoient,qu'il les renverſa,& lui demeura fortſain. Comme ils furent déſenyvrés, leurCapitaine, en la maiſon duquel s'étoitfait le feſtin, appella tous les ſiens, quiEStoient plus de trois cens,& malgré qu'eneüt le Portugais, il le fit monter ſur unéléphant,& promener par la Ville, ac-compagné de gens qui le ſuivoient au ſondes inſtrumens& chantoient ſes louanges.Ayant fait une quête pour lui, ils amaſ-ſérent plus de deux cens taels en lingotsd'argent, qu'ils lui donnèrent.

„ Enſuite de ceux-ci nous vimes d'autresMarchands fort blancs, nommés Pavilanz,grands archers& bons hommes de che-val. Ceux-ci nous dirent que leur Payse nommoit Binagorem,& qu'il étoit é-loigné de Pavel environ deux cens lieuesen remontant la Rivière. IIs avoientbeaucoup d'or en poudre, de lacque, d'a-loës, d'étain, de cuivre, de ſoye,& decire, qu’'ils donnoient en échange pourdu poivre, du gingembre, du ſel, du vin& du riz. Comme nous leur demandà-mes quelle étoit leur loi,& quelle di-vinité ils adoroient, ils nous répondirentque leurs Dieux, cC'eétoient le Soleil, leCiel& les Etoiles, parceque ces beauxaſtres produiſoient tous les biens de laterre;& qu’'au reſte, l'ame de l'hommen'Etoit qu'un ſouffle, qui finiſfoit par lamort du corps,& qui voltigeant enſuitedans l'air ſe méloit avec les nues, juſ-qu'à-ce que venant à ſe réſoudre en eau,il mouroit derechef, comme avoit fait lecorps auparavant.

„ Ainſi, de la diverſité de ces Nationsinconnues que nous vimes à Pavel, il ettaiſs d'inférer qu'il y a pluſieurs Pays auMonde qui ne ſont point encore décou-& dont nous n'avons point de

verts, Gconnoiſſance". Ibidem. Pag. 840& pré-

cédentes,

MENDEZPINTo.