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Tome douzième.
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AUXINDES ORIENTALES, Lrv. II. 289

te conférence dura quatre heures, après leſquelles je regus ordre de retour-ner à Fucheo, où ce Prince vouloit m'honorer d'une réception ſolemnel-le,& ſe faire lire la Lettre du Viceroi avec les formalités établies, avantque d'accorder audience au Père Belquior. Une partie de ſes Sujets s'é-toient ſoulevés contre lui& contre les Habitans de ſa Capitale, depuisqu' ils avoient marqué de Pinclination pour le Chriſtianiſme();& di-vers embarras, qui ſubſiſtoient encore, l'obligeoient de garder des mé-nagemens. Cependant, comme il avoit réſolu de donner à ma commiſ-ſion le nom d'affaire d'Etat, il ne fut pas plutêt arrivé à Fucheo, qu'a-près m'avoir averti de ſon deſſein, il m'envoya prendre par Quanſio Na-ama, Gouverneur de la Ville, avec un cortége des principaux Seigneursde la Cour. Quarante Portugais, que j'avois fait deſcendre du Vaiſſeau,ſe mirent en marche devant moi. Les rues, par leſquelles on me fit paſ-ſer, étoient fort ornées,& remplies d'une ſi grande foule de Peuple, queles Nautarons, ou les Huiſſiers, avec leurs bàtons ferrés, avoient beau-coup de peine à m'ouvrir le paſſage. J'étois à pied, ſuivant l'uſage duPays; mais trois Portugais à cheval portoient jes préſens derriére moi;ſuivis de deux beaux Genets d'Eſpagne, avec des houſſes fort riches,&des armes telles qu'on les porte aux Tournois(y).

Ex arrivant dans la préemiêre Cour du Palais, j'y trouvai le Roi, ſurune eſtrade qui avoit été dreſſée pour cette féte, accompagné de tous lesSeigneurs du Royaume, entre leſquels on me fit remarquer trois Ambaſſa-deurs étrangers; celui du Roi des Lequios,& ceux du Roi de Cauchim& de Empereur de Meaco(z). Autour de lui, dans toute la largeur dela Cour, on découvroit plus de mille Soldats armés d'arquebuſes,& qua-tre cens Cavaliers bien montés, au milicu d'une multitude innombrabled'Habitans de tous les ordres. Je m'avangai vers le Roi, avec toutes lescérémonies d'uſage,& je lui préſentai la Lettre du Viceroi des Indes,qu'il ne voulut recevoir que debout. Enfſuite, Payant remiſe entre lesmains d'un Sécretaire, il ſe la fit lire à voix haute, devant toute l'aſ-ſemblée. Alors, il m'ordonna d'approcher, entre les Ambaſſadeurs&les Princes, pour me faire diverſes queſtions ſur l'état de l'Europe. IIme demanda particuliéerement combien d'hommes, équipés d'armes tel-les qu'il les voyoit en parade à ma ſuite,& montés ſur des chevauxauſſi bien caparagonés que les miens, le Roi de Portugal pouvoit met-tre en campagne? Javoue que dans la crainte de me trahir par ma rou-geur, je n'eus pas P'effronterie de haſarder un menſonge. Mais un demes Compagnons, qui étoit près de moi, répondit avec plus d'aſſurance,qu'il en pouvoit mettre cent ou ſix vingt mille. Le Roi parut ſurpris,&

je„ ci: mais j'eſpère qu'il ne m'oubliera„ Reine de Portugal: fur quoi le Roi& la

„„

„ point“*. A ces paroles, tous proſternes„ Reine,& elle aufſi, ſe mirent fort à rire“.à genoux devant elle,& lui baiſant le bord Pag. 1180& precédentes.

de ſa robbe, nous lui répondimes,„ que(xæ) Pag. 1172.„ nous eſpérions celà d'elle;& qu'en cas-(y) Pag. 1182.„ qu'elle ſe fit Chrétienne, nous la verrions(2) Ibidem.

Ppp;' 3

MENDEZPINToO.

Il obtientdes honneurspublics,

Audienceéclatantequ'il regoit.

Hardieſſed'un Portu-gais.