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Tome douzième.
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MENDEZPINDo.

Le PèreBelquior ſerend au Pa-lais.

Son entre-tien avec leRoi.

86 voVYAGES DE MENDEZ PINTO

je ne le fus pas moins(4). Les merveilleuſes réponſes, que le même Ppor-tugais continua de faire à d'autres queſtions, remplirent ce Monarqued'une admiration ſi vive, que ſe tournant vers les Princes de ſa Cour, illeur dit„ que pour vivre content le reſte de ſes jours, il n'auroit deſiré„ que de voir un ſi puiſſant Monarque, dont il avoit entendu vanter tant de„ fois les tréſors& les forces(5)“9. Aprés Paudience, il me fit connot-tre que le Père Belquior& les Pêres de ſa Compagnie étoient libres de ve-nir au Palais.

IE me hatai de leur rendre compte d'une ſi favorable diſpoſition,& jeles exhortai même aà ſaiſir l'occaſion où tous les Portugais étoient raſſem-blés,& dans leurs habits de féte. IIs ſfuivirent ce conſeil. Ainſi leurcortège fut compoſé, comme le mien, de quarante Portugais, tous riche-ment vétus, leurs colliers au cou,& leurs chaines d'or en écharpe; aux-quels ils ajoũtérent quatre petits orphelins du Vaiſſeau, avec des ſouta-nes& des chapeaux de taffetas blanc,& des croix de ſoye ſur la poi-trine(c). Comme la bienſéance ne me permettoit pas de retourner ſi-töt à la Cour, ils prirent Jean Fernandez pour leur ſervir d'Interpréte.Quelques Scigneurs, qui les attendoient dans la première Cour du Palais,sempreſſêérent fort civilement de les conduire à la Chambre du Roi. CePrince prit le Père Belquior par la main,& lui dit avec les marques d'unevive ſatisfaction:„ Crois-moi, Pèere étranger, ce jour eſt le ſeul de ma„vie que je puis nommer véritablement heureux, par le plaiſir que je„ prens à te voir devant mes yeux. Je crois voir le Pêre Frangois, à qui„ je voulois autant de bien qu’à moi-méême(d4)“. Enſuite, Payant faitaſſeoir prês de lui, il lui laiſſa le tems d'expliquer les motifs de ſon Voya-ge,& F'eſpérance qu'il avoit d'achever l'entrepriſe que le Pêre FrangoisXavier avoit heureuſement commencée(e).-

LARDENT Miſſionnaire en prit occaſion de faire une ſainte harangue,qu'il avoit préparée(†). Elle fut écoutée avec attention: mais, aprèsde nouvelles aſfurances de la joye qu'on reſſentoit de ſon arrivée, on luirépondit;„ que dans la ſituation des affaires de'Etat, on ne pouvoit„ s'engager à rien; qu'on l'exhortoit à ſe repoſer des fatigues auxquelles„ il s'Stoit expoſé pour le ſervice du Ciel; qu'on ne rétractoit point ce„ qu'’on avoit écrit au Viceroi des Indes, par Antonio Ferreyra, mais„ qu'on appréhendoit la malignité des Bonzes& l'inconſtance du Peuple;„ qu'on ne faiſoit que ſortir des plus dangereux troubles,& qu'on s'toit„ v forcé de faire exécuter, dans un même jour, treize des princi-„ paux Seigneurs du Royaume, avec ſeize mille coupables de leur fac-„ tion: mais que ſi l'on obtenoit jamais du Ciel ce qu'on lui demandoit„ pour unique grace, on ſe conformeroit volontiers aux deſirs du Vice-„ roin. Le Pere Belchior témoigna beaucoup de ſatisfaction de ce

qu'il

(a) Pag. 1185.(e) Dans le Voyage que Pinto y avoit(b) Pag. 1184. fait avec lui.

(c) Lidem.(f) Pag. 1185.

() Pag. 1185.