PRESQOUISLE EN DECA DU GANGE, Lrv. III. 69
qu'au fond ils ſentoient bien qu'il ne lui étoit pas poſſible de manquer à laCapitulation& à la parole d'honneur qu’il avoĩt donnée aux Anglois; maisils lui répondirent tous d'une voix;„ Qu'il y devoit manquer,& que c'é-toit le ſentiment de tout Pondichery 3.
Cr fut alors que le Conſeil Anglois ſe ſentant intéreſfé dans cette que-relle, éleva ſa voix,& reclama le droit des gens, qu'on prétendoit, di-ſoient-ils, violer en leurs perſonnes;& ils crurent que c⁄(toit-là le mo-ment de fignifier leur ſommation à M. de la Bourdonnais, qui ſur y'heureméme aſſembla le Conſeil de Guerre, pour ſgavoir s'il jugeoit qu’'il dut te-nir ſa parole aux Anglois. Le réſultat fut unanime pour Taffirmative. CetActe étoit ſigné de trente Officiers.
LEs Envoyés de Pondichery parurent extrémement déconcertés à la vülede cette unanimité de ſuffrages; IIs s'y attendoient d'autant moins, qu'ilsavoient compté, que quelques Officiers, mécontens de M. de la Bourdon-nais, ſaiſirolent volontiers cette occaſion de ſe vanger, en ſe rangeant deleur cêté. Au contraire, s'il eut voulu les en croire, il auroit arrêté toutle prétendu Conſeil Provincial. Mais, malgré la chaleur de la diſpute, ilne ſongeoit qu'à en dérober l'indécence aux yeux des Nations étrangères;& pour tacher de leur perſuader que les Frangois ſoũtenoient entr'eux leursprétenſions, fans animoſité, il pria à diner ceux- mêmes qui venoient demanquer ſi ſenſiblement au poſte qu'il occupoit. C'étoit pour eux unmoyen honnéête de couvrir leur confuſion; mais comme ils n'agiſſoient quepar paſſion, aucun d'eux n'accepta cette offre,& quoiqu'ils fuſſent entrésen Corps, ils s'échapèérent à la dérobée les uns apréès les autres.
LàA chaleur& Panimoſité qui éclatoient dans toute leur conduite, obli-geant M. de la Bourdonnais à prendre des meſures, pour prévenir la guer-re civile qu'ils tachoient d'exciter dans Madras, il réſolut de faire embar-quer une partie de ſes Troupes, fur-tout celles qui avoient été détachéesde Pondichery;& ſous le prétexte d'un bruit qui ſe répandoit, qu'on avoitvü paroitre de gros Vaiſſeaux prês des montagnes de Paliacate, il ordon-na ſur le champ de faire paſſer cinquante hommes à bord de chaque Vaiſ-ſeau, ce qui fut exécuté, le 4 Octobre, ſans la moindre oppoſition, ſi cen'eſt de la part d'un ſimple Lieutenant, qui ayant été arrété fur lheure mé-me, tout le monde demeura tranquille.
CrE trait de prudence embarraſſa fort Meſſieurs de Pondichery, qui a-voient compté ſur les Troupes de cette Ville,& qui ſe flattoient, par cemoyen, d'’èêtre en état de ſoũtenir leurs prétenſions, les armes à la main, ſiM. de la Bourdonnais refuſoit de les reconnoitre. C'étoit ſur la foi de ceseſpérances que le Sr. de Bury avoit été chargé de le mettre aux arrêts. Maisquoique le ſuccès n'ent pas répondu à leur attente, cet Officier ne ſe crutpas dispenſé d'exécuter les ordres de M. Dupleix. ELe méme jour, il ſepréſenta avec deux Capitaines dans la chambre de M. de la Bourdonnais,& lui ordonna les arrets. Ce dernier les regardant en pitié, leur dit avecbeaucoup de ſfang froid;„C'eſt moi, Meſſieurs, qui vous arréte. Mettez-„ là vos épées,& reſtez tranquilles au Gouvernement. Croyez-moi, jevous conſeille d'obéir”. IIs obéirent en effet; mais un inſtant après, lesDéputés, ayant appris ce qui ſe paſſoit, détachèrent M. Paradis pour
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DERNIRRESGoFRRES DESuUPPLEMENT.1746.Déciſion duConſeil deGuerre.
Modérationde M. de laBourdonnais.
Meſuresqu'il prendpour prévenirla guerrecivile.
Les Dépu-tés lui ordon-nent les ar-réts.
Il les y meteux-mêmes.