PRESQUISLE EN DECA DU GANGE, Lrv. III. 71
MaAs ſi M. de la Bourdonnais fut aſſez heureux pour contenir toutesſes Troupes dans le devoir, malgré les défenſes faites aux Officiers de luiobéir; s'i! ſçut éviter les coups qu'on méditoit de lui porter à lui- même,& ſauver les Frangois d'une guerre civile, qu'on vouloit exciter entr'eux:enfin, s'il réuſſit à maintenir l'ordre dans une Ville, où tant de monde s'em-preſſoit& avoit intérét d'augmenter le trouble& le deſordre, il lui reſtoitja douleur de ſe voir dans une impoſſibilité preſqu'aſſurée de ſortir de Ma-dras aſſez têt pour exécuter les projets qu'il avoit formés. Les défenſes delui obéir, tant de fois réiterées, avoient fait impreſſion ſur une infinité degens. Tous les travaux languiſſoient,& le tems de la Mougçon ſe paſſoit.Les Commiſſaires, les Employés, les OQuvriers, les Bateliers& autres qui de-voient travailler aux inventaires, aux emballages,& aux embarquemens,étoient retenus par les menaces des Députés de Pondichery,& craignoientde s'attirer la colère de M. Dupleix& du Conſeil. Les choſes gtoient me-me pouſſées au point, que le Sr. Deſprémeſnil, en ſa prétendue qualitéde Commandant à Madras, avoit donné ordre aux deux Commiſſaires quiconduiſoient alors ſeuls tous les travaux, de ſe retirer à Pondichery, afinqu’'il ne reſtàt perſonne au Sr. de la Bourdonnais, pour ſe mettre en état
d'évacuer la Place.
TEIIE Etoit la ſituation de M. de la Bourdonnais, lorſque le hazard ſem-bla lui préſenter un moyen de concilier les vnes de M. M. de Pondichery,& les engagemens pris avec les Anglois. Un Officier lui fit ouverture d'unexpédient qu'il croyoit propre à contenter tout le monde. C'étoit de tenirla Capitulation, mais de garder Madras juſqu'en Janvier, afin que les Fran-gois euſſent le tems d'en tirer, fans conteſtation, tous les effets en naturequi pouvoient leur appartenir, ſuivant les conventions arrêtées entre les deuxNations. M. de la Bourdonnais, trop impatient de quitter Madras, pourne pas ſaiſir d'abord cette idée, promit méême d'y laiſſer cent cinquante
DERNIRRESGUERRE
FPourdonnals.
hommes de ſes Troupes. II chargea ſur le champ M. Paradis d'en écrire
à M. Dupleix, pendant que de ſon côté il en feroit la propoſition auxAnglois. II la leur fit en effet; mais ils la rejettèrent unanimement,&aſſurèrent M. de la Bourdonnais, qu'ils ne l'accepteroient pas, quand mè-me il conſentiroit de reſter en perſonne à Madras, juſqu'au moment de'e-vacuation de la Ville, tant ils craignoient de tomber entre les mains deM. M. de Pondichery. A légard de M. Dupleix& de ſon Conſeil, ils ſepréetèrent volontiers à un parti qui les auroit enfin rendus mattres de Ma-dras;& dans les Lettres qu'ils écrivirent au Sr. de la Bourdonnais, ils Pau-toriſérent bien expreſſément, à regler tous les Articles du Traité de rangon,comme il le jugeroit conwenable;& ils s'engagèrent bien formellement, à æxe-cuter ce qu' il auroit regle& atrété avec les Anglois.
IL. étoit queſtion de faire accepter ces nouvelles conditions aux Anglois,aprés qu'on Ieur avoit déja promis d'évacuer la Place du 10 au 15 Octobre(v).
Quelque diffcile qu'il fut de leur faire agréer un changement ſi important,
ce métoit pas ce qui embarraſſoit le plus M. de la Bourdonnais. Le grandſujet
899 Par les Articles arrétés dés les 26& 27 Septembre, mais dont la ſignature avoit eteiſférée.
Conſente-ment de M.M. de Pon-dichery.