PRESQOUISLE EN DECA DU GANGE, Lrv. III. 73
& vingt ou vingt-cinq Embarcations du Pays, étoient péris à la Côte,corps& biens; enfin preſque toutes les Chelingues qui étoient dans la Ra-de, étoient briſées. M. de la Bourdonnais fit voir, en cette occaſion, le cou-rage& la conſtance d'un Chef, qui ne ſe laiſſe point abattre par l'adver-fité,& qui, dans le ſein des malheurs, ne s'occupe que du ſoin de lesreparer.
D’'AoRp ayant ramaſſé quelques Chelingues échapées au naufrage, ilvoulut eſſayer de les mettre en Mer, pour porter ſes ordres aux Capitainesdes Vaiſſeaux qui paroiſſoient. Mais la Mer étant trop mauvaiſe, il netrouva perſonne aſſez hardi pour s'y expoſer. Enfin à force d'argent, ilengagea quelques Bateliers à porter, ſur des Catimarons(x) des Lettresaux Capitaines de quelques Vaiſſeaux. II les exhortoit de ſon mieux àfupporter toute l'horreur de leur ſituation,& il leur promettoit des ſecoursqu'il attendoit lui-même de Pondichery,& qu'on s'obſtinoit à lui refuſer,malgré ſes priêres& ſes proteſtations. M. Dupleix ne voulut lui envoyeraucun Vaiſſeau,& qui plus eſt, il défendit, le 14, aux Capitaines desNavires qui étoient dans la Rade de Pondichery,& ſous les ordres de M.de la Bourdonnais, d'aller le joindre, quoique juſques-là Meſſieurs du Con-ſeil ne lui euſſent jamais conteſté le Commandement de tous les Vaiſ-ſeaux de la Compagnie. Le nouveau droit qu'ils s'arrogeoient, étoit fon-dé ſur une prétendue Lettre de la Compagnie, qu'on diſoit avoir été ap-portée par trois Vaiſſeaux arrivés de France,& dont toutes les circonſtances rendoient Fautenticité infiniment ſuſpecte.
Qvorovw'’m en ſoit, les Vaiſſeaux de Madras étoient dans un état ſideſeſperé, que les plus hardis Marins ne croyoient pas pouvoir y reſter,ſans s'expoſer à une mort preſque certaine. Auſſi les Capitaines étoient-ilsréſolus d'abandonner leurs Vaiſſeaux, ſi on ne leur envoyoit du ſecours.M. de la Bourdonnais épuiſa toutes les reſſources& tous les expédiens ima-ginables pour prévenir les inconveniens de ce refus,& il parvint à fairereprendre la Mer à deux des Navires délabrés. C'eſt dans cet état qu'ilEcrivit, à M. M. de Pondichery, une Lettre pour ſe plaindre de l'abandon ouùon le laiſſoit,& il ne leur cacha pas qu'il pénetroit aſſez les motifs deleur conduite.
Ex effet, la politique de M. Dupleix ne tendoit, comme on Ia dit, qu'àdeux fins; la première de s'emparer de Madras, pour en diſpoſer à ſongré,& la ſeconde de garder les Vaiſſeaux, pour reſter ſeul mattre de tou-tes les forces de la Compagnie. A l'égard de Madras, ſes deſirs furent bien-tõt ſatisfaits. Voici comment'affaire fut terminée. On a déja remarquéque M. Dupleix,& le Conſeil de Pondichery, s'étoient expreſſement enga-gés, par leurs Lettres, d'exécuter les Articles du Traité, tels qu'ils fe-roient arrétés par M. de la Bourdonnais, qui en conféquence avoit dreſ-ſé ces Articles,& en avoit envoyé copie à M. M. de Pondichery, en lesavertiſſant, que s'ils y faiſoient quelques changemens, il ne leur répondoit
pas
(1) Un Catimaron eſt un compoſé de cinq pieds de long, attachés enſemble, fur lef-ou fix morceaux de bois, de quinze à vingt quels un homme eſt afſis avec deux rames
XIIV. Part. K
DzsRNIkRESGunnRES DEL.INRDE.SUPPLEMENT,1746.
On lui re-fuſe toutesſortes de ſe-cours.
Bourdonnais
prévient ſaruine totale.
De quellefagon il ter-mine l'affairede Madras.