DANS L'ARABIE HEUREUSE, Lrv. III. 165
au premier Voyage. IIl avoit ſuccedé à ſon frêre Cheik-Saleb, que le Roid'Vemen avoit élevé à la dignité de Viſir, ou de ſon Premier Miniſtre. Cenouveau Gouverneur fit un accueil extrémement favorable aux Frangois,&leur accorda même quelque diſtinction pour les droits. Pendant leur féjourà Mocka, le Roi d'Yemen étant tombé malade, ſon nouveau Miniſtreée luivanta l'habileté des Médecins de leur Nation,& lui conſeilla d'en fairevenir quelqu'un, des Navires arrivés dans ſon Port. Les deux Capitai-nes regurent auſfſi-tôt des Députés de la Cour, avec une Lettre fort civile,qui leur demandoit cette faveur au nom du Roi:& pour donner un aird'importance à la députation, elle avoit pour Chef Sidy-Abedil, premier Se-crétaire du Roi. Cet Officier portoit, pour marque de ſon autorité, unepetite hache d'armes à manche d'argent, pendue à ſa ceinture ou à la ſellede ſon cheval.
LEs Capitaines prirent un peu trop à la rigueur le terme de Médecin,qui ſe trouvoit pluſieurs fois répeté dans la Lettre. IIs répondirent,„ en„ vrais Maring, qu'ils n'avoient point de Médecins fur leurs Vaiſſeaux,„ mais qu’ils avoient des gens habiles à couper des bras& des jambes,&„ à panfer des playes, qui ſe meloient aufſi de traiter les malades,& qui„ quelquefois les gueriſſfoient(a)“". Sidy-Abedil les aſſura que o'toit decette eſpeèce de Médecins que ſon Mattre avoit beſoin, parcequ'il avoit unabcès fächeux dans l'oreille. IIs réſolurent alors de ſaiſir une ſi belle occa-ſion pour faire connottre la Nation Frangoiſe au Roi d' Vemen,& pouracquérir eux-mêmes la connoiſſance d'un Pays, dont il y avoit tant d'utili-té à tirer pour le Commerce. Dans cette vüe, ils firent au Roi une dé-putation dans les formes, dont ils chargèrent un Officier Angevin, nomméde la Grelaudiere, Ancien Major de la Garniſon de Pondichery, qui étoit ve-nu joindre les deux Vaiſſeaux pour repaſſer en France. II étoit hommed eſprit. Il ſçavoit aſſez'Arabe pour n'eétre pas la dupe d'un InterprétePortugais. On lui donna le Chirurgien du ſecond Vaiſſeau,& quelquespréſens pour le Roi. La principale piêce étoit une fort belle glace, de cinqà ſix pieds de hauteur, avec une paire de piſtolets d'un travail curieux,&quelques piéces de nos plus beaux draps.
LEs Députés Frangois partirent avec ceux du Roi d'Vemen, le 14 deFévrier 1712, montés ſur de fort beaux chevaux. Cette Caravane étoitd'environ vingt perſonnes, eſcortée par une Compagnie de Cavalerie,&ſuivie de pluſieurs bêtes de charge pour le tranſport des proviſions. Elleſe rendit d'abord, par une marche de dix lieues, à Mo;a, petite Villechampétre, qui fournit preſque toute la volaille qu'on apporte à Mocka.Ceſt auſſi'entrepêt& ſe paſſage des fruits, qui viennent des montagnes.Le lendemain, on fit quinze lieues, pour aller coucher à Manzery, Hameaude cinq ou ſix maiſons, où v'on paſſa la nuit ſous des palmiers& des peu-pliers. Le troiſiéme jour, on partit de grand matin, pour arriver à Tage,qui eſt à dix lieues de Manzery. Le chemin eſt fort beau, dans une plai-ne preſque continuelle.
TAGE, eſt une grande Ville, fermée de belles murailles, qui paſſent pour
Pouvrage(a) Fidem, pag. 225& ſulvantes.
X 3
Vorker D.L.'ARAUBIEHEUREUSE.1711.
1712.
Route de
Mocka à la
Cour du Roi
d' vYemen.Moſa.
Manzery.
Tage& ſadeſcription.