MAGELLAN.1519.
II quitte le
Comment ilalt entrer
Charles-Quintdans ſes ves.
II part avecune Flotte decinq Vaiſ-ſeaux.
Il perd unVaiſſeau.
VOYAGES AUX INDES ORIENTALES
commandoit aux Moluques, après avoir découvert ces Iles pour le Portu-gal. Diverſes connoiſſances, qu'il avoit recueillies de ſes diſcours& deſes écrits, ſembloient lui promettre, à la Cour du Roi Emmanuel, des fa-veurs qu'il eut le chagrin de n'y pas obtenir. Son reſſentiment le fit paſſerà celle de Caſtille, où Empereur Charles-Quint jugea mieux de l'importan-ce de ſes offres,& rendit plus de juſtice à ſon mérite(a).
Ix eut de profondes conférences avec les Aſtrondmes& les Géographesde cette Cour. Le réfultat fut de repréſenter, au Conſeil, que ſuivant ladéciſion du Pape Alexandre VI, entre les Couronnes de Caſtille& de Por-tugal(b), les Iſles Moluques, dont les Portugais étoient demeurés en poſ-ſefſion, devoient paſſer pour des Ifles Occidentales,& par conſéquent ſetrouvoient comprifes dans les bornes des conquêtes Caſtillanes. Magellanprouva ſon opinion, non-ſeulement par des raiſonnemens mathématiques,mais par des Lettres méême de Frangois Serrano, qui avoit fait la décou-verte de ces Ifles pour le Roi Emmanuel. Enfuite, il propoſa au Conſeilde lui donner quelques Vaiſſeaux bien armés, avec leſquels il trouvoit, dansſes lumieres, P'eſpérance de découvrir un paſſage de Amérique Méridio-nale aux mêmes Ifles. Charles-Quint, qui avoit pris une haute opinion deſon habileté,& qui voyoit ſes raiſons appuyses du témoignage d'un Portu-gais aufſi renommé que Serrano, ne balanga plus à mui accorder toute ſaconfiance. II fit équiper, dans le Port de Saint-Lucar, une Flotte de cinqVaiſſeaux, dont il lui donna le commandement.
MAXGELLAN ſe rendit d'abord au Bréſil. IIl rangea long-tems des Côtesinconnues, d'où prenant ſon cours au Sud, il découvrit l'embouchure d'u-ne grande Riviere(c), proche de laquelle il remarqua que la Còôte commen-goit à s'élever. Enfuite il appergut des montagnes, dont le ſommet ſe per-
doit
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(a) Pigaphetta raconte ce qu'il apprit en„tugal, ne voulut accroitre la proviſion depaſſant aux Moluques, en 1521.„ N'y a-„ Magalianes, ſeulement d'un teſton, par„ voit point encore ſept mois que François„ mois, pour ſes bienfaicts, il vint en Eſ-„ Serran, Portugalois, Capitaine Général du„ paigne,& eut du Roi tout ce que voulut
„ Roi de Ternate, contre le Roi de Tidor,„ Stoit mort. Et feit tant que contraignit le„ Roi de Tidor de donner une ſienne fille„ pour femme au Roi de Ternate,& quaſi„ tous les fils des principaux pour ôtages,„ R depuis la paix faicte entr'eulx, ung jour„ François Serran vint en Tidor pour ache-„ter girofle;& le Roi le fit empoiſonner„ avec feuilles de betre(betel apparemment),& ne véquit ſi-non quatre jours. Le Roi„ le voulut faire enſépulturer ſelon ſa loi;„ mais trois Chrétiens, ſes ſerviteurs, ne lepermirent. II laiſſa ung fils& une fille pe-tite, dune femme qu'il print en Java lagrande. Ceſtui Etoit grand ami& parent„ du Capitaine Géenéral Magalianes,& fut„ cauſe de le mouvoir à ſon entreprinſe. Car„ pluſieurs fois lui étant Capitaine des Mo-„ jluques, lui avoit eſcript qu'il étoit-là. Et„ Pour ce que Dom Emmanuél, Roi de Por-
„ demander". Pag. 57 G 58.
MNota. Valentyn dit que ce furent les Ter-natois, aui empoiſonnèrent François Ser-ran, après avoir fait mourir leur Roi, nom-mé Bajang-Ullab, parcequ'il favoriſoit troples Portugais; quoique divers Auteurs de cet-te Nation prétendent, que ce fut à un feſtindu Roi de Tidor,& par ſon ordre, pour pu-nir ce Prince du mépris qu'il faiſoit de l'ami-tié des Caſtillans, que le premier avoit regusdans ſon Ifle. Quant à Serran, Argenſolaremarque, qu'il s'Ctoit mis en Mer, pour re-tourner en Portugal, dans le tems que Ma-gellan faiſoit voile vers les Manilles,& qu'ilsmoururent tous deux en un méême jour.
(5b) Voyez la grande Introduction, à htéte du Tome I. de ce Recueil.
(c) La Rivière de Saint-Fulien, à cin-quante degrés de Latitude Méridionale.