DANS LEMPIRE DU JAPON, Lrv. IV. 293
Temple, dont Kæmpfer a donné la deſcription dans ſon ſecond Voyageà la Cour.
LE Dimanche 11 de Mars, on traverſa la Montagne de Fakone, au ſom-met de laquelle on trouve une Pyramide, qui fait la diviſion des Provincesd'Idſu& de Sagami, à l'entrée des Etats d'Odovara. De-là, deſcendant l'eſ-pace d'une heure, on arriva à Togitz, qui ſe nomme auſſi Fakone, du nomde la Montagne. Cette Place eſt ſituée ſur un Lac, d'une demie lieue delargeur,& long d'une lieue, du Sud au Nord. Du côté oriental, s'éléveune haute Montagne, terminée en pointe, au pied de laquelle eſt le Villagede Motto-Fabkone;& plus loin, entre Motto-Fakone& Togitz, celui deDſoogaſſima.é Le Pays voiſin produit quantité de cédres, les plus beaux duJapon; mais Pair y eſt ſi froid& ſi peſant, que les Etrangers ne peuvents'y arréter long-tems, ſans en reſſentir les mauvaiſes qualités. A'extré-mité de Togitz, dans un lieu où le chemin s'étrecit, on trouve une GardeImpériale, comme celle d'Array, pour arréter les feommes& les armes;avec cette différence, que les recherches ſont ici plus rigoureuſes, parce-que Togitz eſt comme une clef de la Capitale de l'Empire,& qu'aucun desPrinces occidentaux ne peut éviter ce paſſage lorſqu' il ſe rend à la Cour.Si Fon ſoupgonne qu'entre les Paſſans il y ait une femme traveſtie en hom-me, elle eſt viſitée rigoureuſement; mais c'eſt à des femmes qu'on aban-donne ce ſoin. Aſſez prês des Corps-de-garde, Kæmpfer fut arréèté par ſonStonnement, à la vüe de cinq Chapelles,& d'autant de Prêtres, qui pouſ-ſoient des hurlemens effroyablſes, en battant ſur de petites cloches plattes.Mais il fut encore plus ſurpris, lorſqu'ayant vũ tous les Japonois du corte-ge jetter des piéces de monnoye dans les Chapelles,& recevoir en échan-ge un papier, qu'ils portoient reſpectueuſement ſur le rivage du Lac, pourje jetter dans l'eau, après l'avoir attaché à une pierre qui le faiſoit allerſürement au fond, on lui eũt expliqué le motif de cet étrange uſage. LeLac de Fakone paſſe, au Japon, pour le Purgatoire des enfans qui meu-rent avant l'age de ſept ans;&'on croit qu'ils y ſont tourmentés, juſqu'à-ce qu'ils ſoyent rachetés par la charité des Paſfans. Les Prétres aſſurentqu'ils regoivent du ſoulagement, auſſi-tOt que les noms des Dieux& desSaints, qui fſont écrits fur le papier, qu'’on vend dans les Chapelles, com-mencent à s'effacer;& qu'ils ſont entiérement délivrés, lorſque Feau faitdiſparoitre ces caractéres. L'endroit particulier, où l'on prétend queles ames des enfans ſont retenues, ſe nomme Sainokavara. IIl eſt mar-qué par un monceau de pierres:& loin d'accuſer les Prêtres d'impoſture,Kæmpfer paroit perſuadé qu'ils en ont la même opinion que le Peuple, par-cequ’'il en vit pluſieurs qui achetoient des papiers,& qui les jettoientd'auſſi bonne foi(n).
DaNs une des Chapelles, on montroit pluſieurs curioſités(0); telles quedes ſabres d'anciens Héros, dont on y raconte les glorieux exploits; deuxbelles branches de corail; deux cornes de licorne, d'une merveilleuſe gran-deur; deux pierres trouvées, l'uane dans le corps d'une vache, l'autre danscelni d'un cerf; un habit d'étoffe d'dma, commé les Anges en portent au
Ciel,
(n) Fidem, pag. 65.(°) Pag. 66.
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KEMPFER.1691.
Lac deFakone.
Paſſage oùl'on viſite lesfemmes.
Purgatoiredes Japonois.
Curioſitésd'un Templede Fakonc.