DEzschiPrIoN
Du JapoN.Gardes&rondes.
Stablis danschaque rue.
348 VOYAGE DE KEMPF ER
chacun donne ſa part pour le préſent qui ſe fait aux Gouverneurs& äuxprincipaux Magiſtrats. II porte les ordres aux Chefs des Compagnies,&c'eſt lui même qui les publie.
Ox fait, toutes les nuits, deux rondes dans chaque rue. La premieère ſefait par les Habitans mêmes, tour-à-tour, au nombre de trois, qui ont leurCorps-de-Garde, ou leur retraite, dans une loge, au milieu de la rue. Lesjours ſolemnels,& tout autre jour oùu le Magiſtrat en donne l'ordre, ceGuet dure le jour comme la nuit. On le double mêème, au moindre danger.Ceſt un crime capital d'inſulter cette Garde, ou de lui faire la moindre op-poſition. L'autre ronde eſt celle des portes de la rue. Elle eſt particulié-rement établie contre les voleurs& les accidens du feu; mais elle n'eſtcompofée que de deux hommes du bas peuple, qui, ſe tenant ſéparémentaux deux extrémités de la rue, marchent de tems en tems l'un vers l'autre.Dans les Villes maritimes, il y a d'autres Gardes, le long de la Cêôte,&même à bord des Navires. IIs ſont tous obligés, pendant la nuit, defrapper ſouvent ſur deux pieéces de bois, pour faire connoitre leur vi-gilance;& ce bruit, qui ſert à la ſüreté des Habitans, nuit beaucoup àleur repos.
CHAQuE rue a des portes qui demeurent fermées toute la nuit,& quela moindre raiſon fait fermer auſſi pendant le jour. A Nangaſaki, parexemple, elles ſe ferment toüjours au départ des Navires étrangers, pourempécher les Habitans de ſe dérober par la fuite, ou de frauder la Doua-ne. Cette précaution va ſi loin, que, juſqu'à-ce qu'on ait perdu de vüeun Vaiſſeau qui met à la voile, on fait, dans chaque quartier, de ri-goureuſes recherches, pour s'aſſurer qu'il n'y manque perſonne. LeMeſſager appelle chacun par ſon nom,& l'oblige de ſe préſenter. Dansles tems ſuſpects, ſi quelqu'un eſt appellé, pour ſes affaires, d'une rueà une autre, il doit prendre un Paſſeport de ſon Ottona,& ſe faire ac-compagner d'un homme du Guet. Pour changer de demeure, on doits'adreſſer d'abord, par une Requêéte, à l'Ottona de la rue où l'on veut ſeloger, expoſer les raiſons qui font deſirer ce changement,& joindre auPlacet un plat de poiſſon. L'’Ottona ne répond qu’'apréès s'êetre informéde la profeſſion, du caractère& de la conduite du Suppliant;& qu'aprèsavoir fait demander à chaque Habitant de ſa propre rue, s'il conſent àrecevoir le nouveau Sujet qui ſe préſente. Une oppoſition grave, fondéeſur quelque vice incommode ou ſcandaleux, fait rejetter la demande.Mais, lorſqu'elle eſt accordée, il faut que le Suppliant obtienne, de larue qu'il quitte, un Certificat de vic& de mœurs,& des Lettres deCongé. II les porte à ſon nouvel Ottona, qui, le prenant aufſi-têt ſousſa protection,& Fincorporant aux Habitans de ſa rue, commence auſſià répondre de lui pour l'avenir. Alors le nouvel Habitant doit traiterla Compagnie, dont il eſt devenu Membre. II vend enſuite ſon ancien-ne maiſon, avec le conſentement de tous les Habitans de la rue ouù elle eſtſituée, qui peuvent rejetter un Acheteur inconnu, ou de mauvaiſe réputa-tion. Une condition indiſpenſable, pour celui qui achete, eſt de payer undroit de huit pour cent,& quelquefois de douze. Cette ſomme paſſe dansle tréſor de la rue, au profit commun des Habitans, entre leſquels 282
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