DANS LEMPIRE DU JAPON, LIv. Iv. 879
biller en un inſtant; ils n'ont qu'à détacher leur ceinture, pour faire tom-ber tous leurs habits à la fois,& demeurer entiérement nuds, à la réſerved'une petite bande, qu'ils portent ſur la chair,& qui leur couvre le milieudu corps. Le Froo, ou l'étuve, eſt une eſpêèce de coffre, ou de poële,preſque cubique, qui eſt élevé de trois ou quatre pieds au-deſſus de la ter-re,& bàâti contre le mur. II n'a pas tout-à-fait une toiſe de hauteur; maisil n'en a pas moins d'une& demie, en longueur& en largeur. Le plan-cher eſt compoſé de lattes ou de petites planches applanies, qui ſont éloi-gnées de quelques pouces l'une de l'autre, pour donner paſſage aux va-peurs qui s'élèvent,& une iſſue commode à l'eau, dont on ſe lave. Onentre, ou plutòt, on ſe gliſſe dedans par une petite porte. Il y a deuxautres ouvertures, une à chaque côté, pour laiſſer exhaler l'humidité ſu-perflue. L'eſpace vuide, qui ſe trouve ſous le poële juſqu'au plancher, eſtfermé d'un mur, pour empécher que la chaleur ne fe répande ſur les cô-tés. La fournaiſe eſt directement ſous l'éétuve,& l'ouverture, pour lefeu, en eſt fermée du côté du bain, de peur qu'il n'y entre de la fumée;mais une partie de la fournaiſe avance dans la cour où l'on met l'eau&les plantes néceſſfaires. Auſſi-têt que le feu eſt allumé, on ferme cettepartie avec une douve, pour faire monter humidité& les vapeurs dansPétuve, au travers de la partie intérieure, qui eſt couverte. II y a toũ-
jours deux cuves pleines; l'une d'eau chaude,& l'autre d'eau froide(†).OurRz ces belles Hôtelleries, on en trouve, ſur toutes les routes, ungrand nombre de petites, avec une infinité de Cabarets,& de Boutiquesde Rötiſſeurs, de Patiſſiers, de Confituriers, au milieu même des forêts&ſur les montagnes, où ceux qui voyagent à pied peuvent ſe faire donner,en tout tems& à vil prix, quelque choſe de chaud à manger,& du thé,du ſaki ou d'autres liqueurs. Les plus pauvres de ces maiſons offrent toũ-jours aux Paſſans quelque objet capable de les attirer: c'eſt un jardin ou unverger, qu'on peut voir de la rue,& dont les belles fleurs, ou quelque pe-tit ruiſſeau d'eau pure, qui tombe d'un rocher voiſin, invitent un Voya-geur à venir s'y repoſer à l'ombre: ce font de grands pots, remplis debranches fleuries,& diſpoſés dans une forme curienſe: ſouvent c'eſt unejolie Servante, ou quelques jeunes Filles bien miſes, qui n'épargnent rienpour inſpirer le goũt de leurs rafratchiſſemens. Elles tiennent les vivresdevant le feu, dans un endroit ouvert, attachés à des brochettes de bam-bou,& préèts ſur le champ, pour ceux qui ne veulent pas s'arrêter. Auſſi-toôt qu'elles voyent venir quelqu'un de loin, elles allument le feu, pourfaire juger que tout eſt apprété à l'inſtant. On les entend chanter, rire,vanter leurs marchandiſes. Les vivres, qui ſe vendent dans les Rötiſſe-ries, ſont des Mansji, ſorte de gàteaux ronds, dont les Japonois tiennentl'uſage des Portugais, de la groſſeur d'un œuf de poule,& ſouvent remplisde farine de féves noires& de ſucre: des gàteaux de Kaad, racine qui ſetrouve ſur les montagnes, qu'on coupe par tranches rondes,& dont on faitune
SF) Kæmpfer, pag. 338& 339. II manque quelque choſe à la netteté de cette deſcrip-tion; peut-Stre n'en faut-il accuſer que les Traducteurs.
Bb b 2
DEescanTIoNFDU JaApeN.
Petites Hoô-telleries,&autres rafrai-chiſſemens.
Amorces,pour attirerles Paſſans.
Vivres&mets qui ſevendent dansces lieux,